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15 juin 2008

REQUISITOIRE CONTRE LE PERE DE DORA

On l'appellera du nom qui était inscrit sur son tee-shirt. Dora.Les jambes en z dans des rollers trop grands, elle était arrimée à l'un des plots du passage piétons.
Celui de l'avenue du Général de Gaulle, l'une des voies les plus dangereuses du quartier.
Dora était en larmes.
Elle avait six ans, les jambes prises dans ses carcans roses.
S
on père l'avait laissée là, afin qu'elle traverse seule la route. Depuis combien de temps ?
Main dans la main, nous avons traversé le passage piétons, faisant s'arrêter quelques automobilistes. J'ai accompagné l'enfant jusque devant la grille de l'impasse qui menait chez ses parents. Avec un sentiment intense : la colère contre l'irresponsabilité du père.



9 juin 2008

PLAIDOYER POUR LA PLUIE L'ETE
Sur le pont de Levallois la tôle des voitures brûle, le bitume perd sa couleur sous le soleil cuisant. C'est midi en juin dans la grande ville polluée. Les terrasses des petits restaurants rassemblent les employés des tours de verre. Ca ne sent pas le monoï, c'est plutôt un mélange de tabac, de vin rouge et de laque, de frime et de façades.
Les gens au soleil prennent des poses pendant leur pause.
J'ai envie de pluie, d'une pluie d'orage, une pluie très forte, une pluie violente. De celles qui font courir pour s'abriter. Qui donnent envie de boire un thé, de lire, de s'allonger, de ne rien faire. J'ai envie de l'odeur de la terre après la pluie, de l'évaporation de l'eau jusqu'au prochain déluge.

23 avr. 2008

PLAIDOYER POUR UN TEMPS DE CHIEN
"Ah !" se dit Miss Glu, "les jours de pluie sont des jours si fréquents ici".
En semaine, si l'on travaille, on se dit, "Zut, aller affronter la pluie, quelle guigne !"
Le week-end, on se plaint : "Pouah ! Quel temps affreux, y fait même pas beau."

Soyons un moment honnête : ce temps de chien nous sied à merveille.
Surtout un lundi de Pâques.
Ce temps est idéal pour rester à l'intérieur, se prélasser ou s'occuper en regardant cette pluie frapper au carreau.
On pense à ceux qui, sortis, ont les pieds juteux,à ceux qui voient encore leur pépin se retourner sous l'effet d'une bourrasque.
On reçoit ses amis (Cléopatra est passée, la prunelle de jais brillante).
On les réchauffe.
Araldite a téléphoné.
Miss Glu est tout sucre tout miel.
Demain, boulot !
Fluide, elle glissera entre les automobiles collées les unes aux autres, sur son vélo, filera, esquivant les ralentissements.
Essoufflée, attendra au feu rouge, la respiration accélérée.
Le coeur cognera fort.
Elle n'ouvrira pas. Et repartira.
Pour l'heure, les voisins passent l'aspirateur, anticipant quelque poussière d'ennui.
Idée de Miss-Glu : elle offrira une boîte de poudre à éternuer à Monsieur-son-voisin-du-dessus bientôt.
Sourire malin...

PLAIDOYER POUR LES QUESTIONS SANS REPONSE

"Ce sont toujours les mêmes questions qui passent par la tête de Tereza depuis l'enfance. Car les questions vraiment graves ne sont que celles que peut formuler un enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse. Une question à laquelle il n'est pas de réponse est une barrière au-delà de laquelle il n'y a plus de chemins.Autrement dit : ce sont précisément les questions auxquelles il n'est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence".

Milan Kundera
L'insoutenable légèreté de l'être



PLAIDOYER POUR LE VULGAIRE




Cachée derrière ses dicos, Miss Glu ramasse quelques miettes de savoir. Elle a décidé de défendre la vulgarité !


"Longtemps, le vulgaire a désigné ce qui était banal, commun. Sans distinction.Vers 1800, le vulgaire a été assimilé au grossier, voire au bas".


Aujourd'hui, le vulgaire, c'est une façon de se comporter, de se présenter.Pour Miss Glu, le vulgaire, c'est aussi la condamnation même de la vulgarité.

Exemple, Chantal Thomass, interviewée par Yves Calvi : à la question, "Pourquoi vos jeunes mannequins n'ont-elles pas de poitrine?", la styliste se défend, puis admet, et conclut par cette phrase : "Présenter mes modèles sur des filles qui auraient des gros seins , ce serait too much, ce serait vulgaire".

Ahh ! Se dit Miss Glu, nous y voilà ! Pensée immédiate pour toutes les femmes qui écoutaient l'émission, et qui, maintenant le regard arrimé à leur décolleté, découvrent qu'elles sont vulgaires.
"Ben moi aussi je suis vulgaire alors !"...Miss Glu pense à toutes ses copines vulgaires, il y en a tant, elle ne l'aurait pas cru ! La concierge dans sa blouse bleue, avec son brave sourire : vulgaire. Mme C, professeur de français, douce avec ses lunettes cerclées d'or : vulgaire. Sonia, Dany, Pascale, Amélie, Jeannette,... Vulgaires. Toutes.

Et puis Miss Glu pense à toutes les autres, celles qui peuvent courir après le bus sans que rien ne bouge : pas vulgaires.
Ah, si ! Le temps d'une grossesse, certaines sont ponctuellement vulgaires.

Et comme elles sont fières de l'être ! Elles sont toutes heureuses de ce changement, et nous les trouvons superbes.
Miss Glu remarque : "Elles appellent ça être féminines et regrettent des mois, voire des années plus tard ce décolleté si joli."

On ne choisit pas, on accepte ce que l'on est : parfois spontanément, parfois cela met plus de temps.

Miss Glu rajuste son cache-coeur, pense à son corps d'enfant, et à ce que l'enfant projetait sur ce corps.
Elle pense à son corps de femme et imagine ce que sera son corps de vieille dame. Ce ne sera pas un corps de vieille enfant.
Elle en sourit.
Alors, Chantal Thomass : quand une femme achète une parure dans votre boutique, le tiroir-caisse n'a-t-il pas un tintement...un peu vulgaire ?


PLAIDOYER POUR LA SIESTE


Ca y est, ça ne rate pas. C'est dimanche, c'est le début de l'après-midi et la sieste est fichue !Fichue, parce que ces satanés voisins du dessus, polyallergiques, font la chasse à la poussière post-prandiale... Et que je lance l'aspi, et que je le stoppe, confinant les autres locataires dans le plus petit espoir que c'est enfin fini.
Hélas.
Et que ça redémarre, ça couine du côté des roulettes, ça grince un peu, ça choque les meubles, ça empoisonne...
Miss Glu avait pourtant pris sa pose préférée, lovée dans une pénombre que la jalousie forçait. RATE !GRRR...
Ces voisins sont impossibles.

Quand ils ne s'étripent pas le soir à table, ils passent l'aspirateur, jouant avec le on et le off, une heure durant.

Vers 11 heures, avant le repas dominical,Miss Glu entend l'aspirateur démarrer, malgré la musique qui remplit sa maison. Et peu de temps après, Monsieur le voisin est éjecté par Madame ("Dehors, poussière !").

Voyez-le passer, dans le jardin commun d'une démarche usée.Il a son petit chariot à roulettes, sa liste de commissions, et cahin-caha, file à Atac. Et après le déjeuner, ça recommence.

La sieste ?

Ils ne la connaissent pas, bourrés qu'ils sont le soir du cocktail anxiolytique national : les confettis solubles de la fête de l'oubli.
Et ils s'endorment devant la télé et se réveillent avec. Car dormir juste pour rire, pour du beurre, d'eux-mêmes, ils ne savent plus...

Mais pourtant, s'interroge Miss Glu : La sieste, ce merveilleux détachement, cet abandon qui requinque, qui permet la nuit suivante de vivre des étreintes nyctalopes, pourquoi la bouder ?Lancer un mouvement pour la sieste au travail : 30 minutes.

Voilà qui serait bénéfique...Miss Glu bâille.

A plus taaarrd...