30 nov. 2009

LES CAFÉINÉS

CEYLAN
Un pichet d'eau brûlante,
une théière dans laquelle infuse l'ambre.
Un pot de lait tiède,
deux sucres,
une tasse et une cuiller.
"Misty" est joué par Stan Getz,
la pluie fait des traits contre la vitre.
Importe seul
le thé pur, le thé opalin,
le lait beige tiède, le lait pur.




29 nov. 2009

LES CAFÉINÉS

CAFÉ DU THEATRE
Je t'ai écouté parler, je n'osais rien dire.
Tellement peur d'être sotte.

28 nov. 2009

LOUISETTE


27 nov. 2009

GÉNÉRIQUE DE FR3
Maman énumérait : Morgan, Dietrich, Gable,
Newman, Hepburn, Aimé, Bourvil, Delon ...
La musique de Francis Lai promettait le film.
A l'arrière de la voiture, je la regardais conduire,
son regard dans le rétroviseur, ses lèvres rouge orangé
ses gants de cuir glissaient
sur le volant à chaque virage.

26 nov. 2009


MAUVAIS TRAITEMENT

Ces médicaments rendaient malade.
Il fallait supporter les céphalées, les courbatures,
le cafard qui courait jusque sous les draps.
Pour guérir
Elle a jeté les boîtes.


PLUS FRAGILE ENCORE

25 nov. 2009

VOLEUR DE POULE

24 nov. 2009

FRANZ
Quand ton regard se perd au loin
je mesure mes limites.

23 nov. 2009

PLAIDOYER POUR LA SOBRIÉTÉ
Dédié à J.-P., victime de Bacchus
Je n'aime pas l'alcool
Ni le goût ni l'odeur
L'haleine chargée
L'humeur modifiée
Les mains qui traînent
Les voix fortes
Les fonds de bouteille
que l'on vide
jusqu'à la dernière goutte
Les verres
que l'on finit,
peu importe qui a bu dedans.
Les cadavres, les verres sales
Je hais les effets de l'alcool,
la brutalité des rires,
la comédie humaine.
Je suis un rabat-joie.
On me demande invariablement :
"Mais tu ne bois jamais ?
Jamais jamais ?
Tu n'aimes pas ?
Même avec du fromage
Même une coupe de champagne ?
ah boooon ?
Mais ça ne te manque pas ?
Ah booon !".
Ne pas boire c'est s'exclure.

22 nov. 2009

QUARANTE-ET-UN

21 nov. 2009

ÉLIETTE 1947

20 nov. 2009

GABRIEL

19 nov. 2009


VOITURE 12
Je pense à vous,
aimable compagnon de route d'un jour de Toussaint.
Où étiez-vous dans votre sommeil ?
Et au-delà, jusqu'où partiez-vous ?
Retrouviez-vous votre mère,
alliez-vous fleurir un caveau charentais,
partager en silence un déjeuner de famille ?
Je songe au café brûlant servi
dans une tasse de porcelaine bleue.
Aux biscuits faits maison que l'on y trempe :
pique, coeur, carreau, trèfle.
Aspirer le café au risque de fragmenter le gâteau.
Et penser "merde !"
quand le coeur tombe en miettes
dans le gouffre amer.
Vous faites ça, vous ?

CHUTE !

Pour être tout à fait franc, ça ne va pas.
L'électricité est coupée entre nous depuis longtemps
Les bougies ne sont même plus de mèche.
Comme dans la chanson que tu aimes bien,
la vie ne vaut rien.

18 nov. 2009

REBECCA

17 nov. 2009

À CENT ANS PRÈS

Tard dans la nuit, elle lance une machine à laver.
Le voyant lumineux éclaire faiblement la pièce.
Elle regarde le linge mousseux mélangé.
Il tourne, s'arrête, semble hésiter, repart,
des bulles s'accrochent à la vitre. Bosch.
Elle se souvient du sentier qui descend au lavoir, là-bas.
Le bassin est aujourd'hui vide.
Les femmes qui ont battu le linge, rougi leurs mains et se sont cassé le dos
sont mortes. Plus de confidence en étendant les torchons.
Oh, leur sourire, une pince à linge entre les dents...

16 nov. 2009

FAUT ME GARDER

AU BOUT DU ROULEAU
Plus très jeune, plus très beau,
tu passes en général inaperçu.
Parfois dans le métro,
un môme te fixe en fronçant le nez.
Il détourne le regard mais t'observe à la dérobée dans la vitre.
Sa haine de la mort se nourrit du dégoût ressenti
pour ce qui est vieux et moche.
Tu n'es pas dupe.
Tu faisais pareil au même âge.

15 nov. 2009

LES PIEDS DANS LE TAPIS
Aux mois d'acharnement, de passion pour ce travail-là,
succèdent l'attente puis le doute.
Croissant, immense demain.
Et si cela n'aboutissait pas ?
Et si c'était un travail sans intérêt,
sans portée aucune ?
Et si...
Eh bien, j'aurais vécu avec ce plaisir de travailler
à ça quelques temps.

14 nov. 2009

ÇA ALORS...
Mais quelle histoire, mais quelle histoire !

13 nov. 2009

PRESQUE GOMMÉE

12 nov. 2009

DEPUIS TOI
J'oublie le raide de l'amidon.
Les cheveux déliés deviennent plumes.
Les soucis ne sont que des fleurs.
Ce n'est pas tout à fait vrai, évidemment.
L'amidon empèse la toile de l'épeire diadème.
Les cheveux déliés sont des algues assoiffées
Les soucis ne font jamais de fleurs.
Mais je t'aime.

11 nov. 2009

BILL
Comme dit Souchon,
Bill ma Bill t'es comme tout le monde
Quand ça coule de tes yeux ça tombe
Mais c'est pas des confettis
Cette pluie

10 nov. 2009

OH ! LA BARBE DE TROIS JOURS !

9 nov. 2009

LES CÈPES D'ALCINA
Les visiteurs les plus fidèles de la Glu connaissent les cerises d'Alcina.
Voici la deuxième cueillette de cèpes de cet automne.
La pétillante brune aime partager ses paniers.

7 nov. 2009

LE CIREUR DE BROADWAY 2009

Autrefois, quand on allait au Printemps Haussmann,
on savait que l'on croiserait quelques groupes de touristes,
une poignée de filles de bonne famille et leurs tantes en col blanc et mocassins.
On était surpris par la vétusté des escalators,
on n'échappait pas aux revendications aigre-douces des salariées,
lesquelles transpiraient jusqu'au rayon pelotes de laine...
Mais on revenait pour la variété du choix,
des marques et la qualité du papier-cadeaux.
Tout a changé !
Le Printemps, c'est maintenant le paradis blanc :
on y remarque d'abord le vide si sélect,
cette mise en scène muséologique des sacs de grande marque.
Les plus belles pièces sont placées telles des reliques dans des cases de verre.
Icônes de mode inaccessibles.
Au premier étage, les corners les plus prestigieux cohabitent.
Parmi eux, à peine en retrait, un espace toilettes surprenant :
on y vend de l'encens, des bougies odorantes,
du papier toilette jaune vif ou rose.
Pour un euro acquitté à un jeune homme blanc en chemise blanche,
on pénètre dans un boudoir prune.
Là, un jeune Noir en gilet et tablier noir nous accueille,
courbette gratis et sourire large.
Il indique à la cliente sa future place et la précède
en faisant rutiler la lunette, déjà immaculée.
Geste ostentatoire.
Dans cette alcôve, une vitrine vante un rouleau de papier toilette
noir, une balayette noire aussi.
L'argent donné à un Blanc pour être propre.
Les WC astiqués par un Noir, avec du PQ Noir.

Ce que le Printemps communique aujourd'hui met mal à l'aise.
Des objets inabordables dans un lieu aseptisé, immaculé, intouchable.

Les toilettes payantes, classieuses et marketées,
avec des services à la clientèle régressifs,
quasi ségrégationnistes.
Aujourd'hui, l'homme blanc ne s'étonne plus de rien...

5 nov. 2009

TON ÉTHER EN TROIS TRAITS

ORPAILLEURS

Dès qu'ils avaient un moment pour eux, ils filaient dans l'Aude munis de leurs tamis et de leurs bottes en caoutchouc. À s'en casser le dos, ils sassaient tout le jour. Leurs pupilles étaient grillées par les reflets du ciel changeant. Leurs pieds s'enfonçaient dans une pâte épaisse, les fixant dans leur quête liquide. Ils étaient ainsi soumis à l'eau qui leur filait entre les jambes, qui traversait les tamis sans trève, au mouvement qui tournait la tête. La musique de l'eau les hypnotisait, les faisait tenir. Pas question de se retrouver le cul dans la flotte. Quand la poudre d'or anoblissait le fond du tamis, ils n'en croyaient pas leurs yeux. Puis riaient tout seuls en sourdine.

4 nov. 2009

CHRISTIAN

3 nov. 2009

VOUS CROYEZ QUE J'AI LE COEUR À RIGOLER ?

2 nov. 2009

QUÊTE D'ABSOLU

HIER ENCORE

Hier, nous avons rouvert les albums photos de mes grands-parents.
Elle, enfant, bien droite, dans une pose gracieuse imposée,
un gros noeud de taffetas sombre dans les cheveux roulés en anglaises.
Lui, jeune militaire, mais quelle allure sur son cheval !
Leur mariage par un soleil d'hiver :
la robe est encore plus blanche,
la noce parcourt le chemin bordé de vignes gaiement.
Chaque page ouvre des fenêtres: des aînés au regard rigolard,
impassible, des faces lugubres, ça dépend.
Le doigt pointe la tante, le frère, le voisin de la marraine,
les cousins partis en Indochine;
ce bébé-là est maintenant en maison de retraite.

1 nov. 2009

JE T'AI À L'OEIL
Quoi ? Gratis ?

PREMIÈRE CLASSE

Je suis dans le tgv. Face à moi, cet homme dort.
Derrière lui, un homme et une femme
parlent à voix haute.
Il est question de baptême civil
dans les environs de Surgères.
L'homme veut acheter une cuiller en argent
et sa timbale.
La femme lui dit que cela ne se fait plus,
même dans la haute bourgeoisie.

Mon voisin continue sa nuit et
sifflote un air connu dans son sommeil.
Le Temps du tango.
Le couple non loin évoque
les ravages d'Alzheimer autour d'eux.
Le contrôleur, badin, vient charmer la dame.
Il a l'air de trouver gratifiant de contrôler
les passagers de première classe.

Il poinçonne mon billet, et, après m'avoir regardée, déclare :

"Tiens ! Un billet prem's!".

Mon compagnon de route en écrase tant

que le contrôleur respecte son sommeil.