JEUDI JUILLETDerrière les verres fumés, le mascara a fondu.
Le train ne s'arrête pas, je ne fais rien.
Un jeune couple parle boulot à ma droite.
La fille a une bouche cerise, des seins ronds
et un pantalon prince de Galles.
Je trouve dommage ce tissu classique
assorti aux lunettes rectangulaires,
aux cheveux raides
taillés droits.
Non loin, un homme tient des livres
provenant d'une librairie rue de la Roquette.
Il a des yeux grands et bruns,
que des verres étroits cadrent.
Ses yeux sont des ours naïfs en cage.
Il a un badge sur sa veste
Amicale des amis, amis de l'amitié.
Ou quelque chose d'approchant.
Ce Gilles est libraire
peut-être,
l'adresse sur l'enveloppe dépasse de son sac.
Un homme derrière lui dévore
un guide pratique
avec une boussole en couverture
Savoir se repérer.
Il lit par dessus ses lunettes
avec un appétit dingue
ce livre tenu comme un coquillage rare.
Ses yeux convergent dangereusement.
J'ai dans la main un sachet en papier
contenant des brisures de chocolat
au piment fondues.
J'ai le coeur renversé.
Maintenant l'orage lance des éclats blancs
le ciel est pourpre, la pluie m'a glacé le dos quand j'ai abrité
trois plants de tomates.