CARPE DIEM
C'était un petit chemin de campagne herbu. Un passage ignoré des voitures,
qui descendait vers la rivière. C'était un sentier en plein bocage.
Une barrière de bois gris montrait les dents.
Rares étaient ceux qui s'aventuraient au-delà.
Au bord de la rivière, un homme en bleu jouait au plus fin avec un poisson
depuis des jours. Il disait :
Cette carpe louvoie, regarde-là !
Il préparait pour la piéger du chenevis, des grains de maïs, des cubes de patate, des asticots; en vain, la carpe faisait mine d'être intéressée, brouillait l'eau et filait.
Il en souriait, mais ce jeu prendrait fin bientôt, s'en doutait-elle ?
En attendant, des gardons étaient pêchés
pour satisfaire la femme aux yeux bleus.
Elle les accueillait gaiement, les écaillait, striait leur corps glissant
et les faisait sauter dans une friture vive.
Un jour à la rivière,
je renversai le seau dans lequel le dîner frétillait encore.
Les poissons disparurent aussitôt dans l'eau verte.
L'homme en bleu me regarda
et rit de mon geste.
Tu ne les aimes pas,
une fois que ta grand-mère les a dorés et salés ?





























