28 févr. 2009

CARPE DIEM
C'était un petit chemin de campagne herbu. Un passage ignoré des voitures,
qui descendait vers la rivière. C'était un sentier en plein bocage.
Une barrière de bois gris montrait les dents.
Rares étaient ceux qui s'aventuraient au-delà.
Au bord de la rivière, un homme en bleu jouait au plus fin avec un poisson
depuis des jours. Il disait :
Cette carpe louvoie, regarde-là !
Il préparait pour la piéger du chenevis, des grains de maïs, des cubes de patate, des asticots; en vain, la carpe faisait mine d'être intéressée, brouillait l'eau et filait.
Il en souriait, mais ce jeu prendrait fin bientôt, s'en doutait-elle ?
En attendant, des gardons étaient pêchés
pour satisfaire la femme aux yeux bleus.
Elle les accueillait gaiement, les écaillait, striait leur corps glissant
et les faisait sauter dans une friture vive.
Un jour à la rivière,
je renversai le seau dans lequel le dîner frétillait encore.
Les poissons disparurent aussitôt dans l'eau verte.
L'homme en bleu me regarda
et rit de mon geste.
Tu ne les aimes pas,
une fois que ta grand-mère les a dorés et salés ?

25 févr. 2009

BRAVO !


24 févr. 2009

TROIS
Trois amis sourient.
Sourient à qui ?
Quand je regarde des photos anciennes, je songe à celui, à celle qui a pris la photo.
Son habileté autant que sa discrétion me plaisent.

23 févr. 2009

EMILIA


NANA


22 févr. 2009

SOUVENIR DE MARIEM

MARIEM


20 févr. 2009


REMINISCENCE


Le regard figé sur l’écran de l’ordinateur, je porte à mes lèvres un mug de thé.

C’est chaud.

Dans le contact avec la porcelaine, renforcé par la vapeur enveloppante du thé de cet espace clos, je recherche trace du premier baiser que nous avons échangé.

17 févr. 2009

EN TROIS POST-IT

ADO
Elle a 13 ans. Son impatience ? Etre comme les autres, enfin !
Avoir un jean blanc ? Non ! Avoir un portable ?
Non ! Des Converse bleu clair ? Non !
Mais quoi alors ?
Des seins ...

ATTENTE

Suspectés, ils ont été suspectés,
regardés, soupesés, écrasés, aplatis. Malmenés.
Ils ont été sondés. Ils ont été mis en attente.
Elle a songé à celles qui sont soignées en ce moment, aux courageuses.
Elle a pensé aux mains aimantes.
Elle a eu peur, seule dans le box.
Deux fois vingt ans.

FEMME
Bien dans son identité, prête à vivre.

16 févr. 2009

SOUVENIR TENACE

Tu me demandes à quoi je pense. Regarde-moi bien et tu sauras.

Ce souvenir dont je ne suis pas fière.

15 févr. 2009

SABLIERS DE KOZLIKA

SOUFFLE

« Fonce, Prométhée, Fonce ! ». Cidrolin, affaissé au sol, la jambe droite immobilisée sous une lourde meule criait de toutes ses forces. Le disque dur écrasait douloureusement son tibia, teintant la toile du pantalon rouge carmin.

Pour son camarade, c’était maintenant une course désespérée. Le jeune ouvrier était attendu au bout de ce couloir muré de brique par huit hommes prêts à tout pour satisfaire le baron.

En cette année 1848, celui qu’on appelait Prométhée était passé du statut de simple ouvrier tourneur à celui de meneur dangereux, organisant la destruction de machines dans toutes les usines des Batignolles. Le génie du rouquin tenait dans sa force à mobiliser la masse ouvrière, de plus en plus nerveuse.

La révolution était en marche, avançait-il.

La disette dans Paris, les épidémies, la colère vaine laissaient monter le soir des bouges bien des refrains repris à l’accordéon par les colporteurs dans les rues crasseuses.

Noire, l’humeur du peuple, notait le chroniqueur britannique Kleys, de passage à Paris. Dans son carnet, ce seul mot : spleen.

14 févr. 2009

UN SOIRUNE MÈRE ET UN FILS

AU MUSÉE BRANLY

13 févr. 2009

POUR ANITA


Voilà ! Anita me tague : je dois choisir dans le sixième dossier, le sixième post-it... et le mettre en ligne. Evidemment, je suis pas un as du classement, alors c'est le sixième post-it de la sixième colonne de post-it, si je ne me suis pas trompée...
Cela me plaît, ce relais qui va de l'une à l'autre, libre comme l'air.
Allez... Marianne jouera-t-elle le jeu ?


C'EST MOI !

12 févr. 2009

À NU

Plus ça va et plus j'aime l'ennui. L'ennui est consistant.

11 févr. 2009

LE RETOUR DE CASANOVA

Les plus familiers de la Glu le connaissent,
le Casanova de mon quartier.
Il a bien 75 ans, oh oui. Il arpente les rues le jabot à l'air, couvrant d'œillades enjôleuses toute femme seule, et ce quel que soit son nombre de printemps.
En revanche, il ne la reconnaît plus sitôt qu'elle sort accompagnée d'un rival.
Casanova a disparu depuis quelques mois. Je m'inquiétais.
Me voilà rassurée : il taillait une bavette au boucher ce soir.
Une canne à la main. Son exil a dû être forcé.
C'est les infirmières qui ont dû être gâtées...

10 févr. 2009

GARE AU LOUP !
L'enfant voit dans la corniche de l'armoire une tête de loup.
Un loup borgne effrayant.
Il n'y a rien à faire. Ce n'est pas du bois sculpté, c'est un monstre.
La mère a proposé d'ôter cette pièce du meuble, l'enfant a refusé.
La mère a proposé de couvrir la tête du loup avec un drap.
L'enfant n'a pas voulu de loup fantôme.
L'armoire est si haute, la tête du loup si menaçante.
L'enfant se couche en rond sous ses couvertures.
L'enfant sent le sang battre ses tempes.
L'enfant attend le sommeil.
L'enfant dort.

9 févr. 2009

JOE SONGEUSE

Ceux qu'elle aime vieillissent.
Insidieusement. Naturellement.
Elle y pense souvent dans la journée, dans le bus, dans le supermarché,
dans le bain, dans la cuisine, dans les bras, dans la nuit.



8 févr. 2009

RODIN ET FREUD COLLECTIONNEURS
Enthousiasme ! Cette expo du Musée Rodin donnait l'occasion de contempler les statuettes anciennes de Sigmund... qui m'avaient amplement fait rêver depuis que je matais sur le web les boîtes de Matton.
Regardez dans mes liens favoris, le site de l'artiste y est référencé, et en fouinant un peu, vous trouverez le bureau de Freud, la nuit, le jour et des variations sur ses antiques.
On y sent l'odeur des cigares (du pharaon), si si je vous assure...
Rodin ne m'était pas sympathique, vraiment pas. !c'est du passé !

7 févr. 2009

PAULINE


6 févr. 2009


CHAT
Quand tu me regardes, tu as tout d'un chat.
Un chat jouant les stylites au jardin public quand le gardien a fermé l'accès aux enfants, aux mères, aux poussettes. Un chat fronçant le museau de velours fin,
noyant son iris d'encre si la peur le saisit.
Quand tu as tout d'un chat, tu me regardes,
Avec ce questionnement muet, cet espace libre entretenu par le silence,
qui permet de tout imaginer, de tout interpréter.
Cela m'impressionne.

5 févr. 2009

SOUVENIR

Je me suis souvent demandée où se rendaient les personnes âgées qui prenaient le bus en début d'après-midi. A chaque arrêt, une poignée d'entre elles se mêlait à la population bruyante que nous formions. Certains vieux se saluaient et entamaient des conversations que les coups de frein trop brusques du chauffeur coupaient parfois. Avec le temps, je repérais la présence régulière d'un vieil homme. Dans ses mains, il y avait toujours un bouquet. Des fleurs de saison, cueillies au jardin et emballées dans une feuille de journal. Je perdais mon regard dans les jonquilles émergeant des pages politiques, dans les dahlias, qui saupoudraient leur pollen sur l'horoscope du jour.
Il y avait tant d'éclat dans le gris.
Lorsque nous arrivions à l'hôtel de ville, tout le monde descendait et chacun allait son chemin. Moi, au lycée. Lui au cimetière, ou à l'hôpital de gériatrie, ou chez une amie, ou à l'immense café du Jet d'eau, temple défraîchi des années 50 ?

A L'IMPARFAIT
Il disait que tu es belle ! Il disait ta bouche est parfaite.
J'aime tes yeux, ton sourire, ton nez, la forme de ton visage, tes cheveux,
ton cou, tes épaules, tes bras...
Je pensais alouette gentille alouette alouette je te plumerai

4 févr. 2009

LEGOS ? LAGOS ? LA DEFENSE !
Finie la traversée du Pont de Levallois par nuit noire.
Maintenant, l'heure bleue.
La Seine miroir, les tours aux contours incertains, la lune,
comprimé effervescent dans une eau fade.
Quelques plaques de verglas au sol accrochent le ciel.
J'ai le souffle court, j'ai trop chaud
sous ces laines.
Encore quelques risques à prendre sur deux roues
et ce sera la quiétude.

3 févr. 2009

SOMMEIL ET ENNUI


Enfant il était fâché avec le sommeil. Et il détestait l'ennui. Aujourd'hui, il adore cet abandon total : dormir. Et il apprécie l'ennui : cela lui permet de peser le temps, de mesurer la régularité de sa respiration, les pensées qui s'enchaînent. remonter le fil de ses réflexions, un jeu agréable.

THOMAS

2 févr. 2009

HEIN, KIKI ?
Hein Kiki que tu es content de le revoir, notre ami ? Hein ?
Hein que tu as été te faire toiletter exprès ? Hein ?
Hein que maman a aussi été chez Cathy coiffure pour l'occasion, hein ?
Oui mon garçon, tu resteras à l'avant, il ira sur ta couverture à l'arrière de notre R5...

1 févr. 2009

INDIGNE ? INDEPENDANTE !
Les personnes âgées n’aiment pas attendre. Plus elles avancent en âge et plus la file au supermarché leur devient interminable. Chez le docteur aussi, elles n’aiment pas ça. C'est ce que les gens disent. « Mais on n’a plus le temps ! Plus le temps d’attendre, plus le temps de se perdre dans des incompréhensions, d’immobiliser nos sentiments dans des froids. Plus il passe, plus le temps s’emballe ».
Au supermarché, une dame patiente derrière nous. Elle est petite, enveloppée dans un manteau sombre. Une écharpe grège s’enroule autour de son cou. Son visage fripé est mangé par des lunettes à large monture.
Elle porte un chapeau gris rigolo, une sorte de toque à nœud. Ses cheveux anthracite coupés nets au niveau des maxillaires dépassent de chaque côté en larges pinceaux.
Elle a posé sur le tapis deux boîtes de sardines au piment et un paquet de biscottes.
Je me demande si elle mange les sardines sur les biscottes beurrées.
La fadeur de la biscotte, le piment du poisson.
Elle a deux sacs à main lourdement suspendus aux avant-bras.
Que peut-elle accumuler-là ?
Des paniers en plastique rouge du supermarché, mal rangés, l’agacent soudain.
Elle veut tous les empiler.
Elle s’acharne seule, n’y parvient pas, perd l’équilibre, tombe à la renverse.
Aussitôt, quatre personnes l’entourent, la relèvent.
« Un malaise, madame ?» crie-t-on, car vieillesse égale aussi surdité,
dans l'esprit des gens.
Son chapeau en est de traviole, elle assure que tout va bien.
Encore chancelante toutefois.
Les gens du magasin et les clients la couvent, l’étouffent.
Elle finit par envoyer valser tout le monde.
Le piment de la sardine…