LE CIREUR DE BROADWAY 2009
Autrefois, quand on allait au Printemps Haussmann,
on savait que l'on croiserait quelques groupes de touristes,
une poignée de filles de bonne famille et leurs tantes en col blanc et mocassins.
On était surpris par la vétusté des escalators,
on n'échappait pas aux revendications aigre-douces des salariées,
lesquelles transpiraient jusqu'au rayon pelotes de laine...
Mais on revenait pour la variété du choix,
des marques et la qualité du papier-cadeaux.
Tout a changé !
Le Printemps, c'est maintenant le paradis blanc :
on y remarque d'abord le vide si sélect,
cette mise en scène muséologique des sacs de grande marque.
Les plus belles pièces sont placées telles des reliques dans des cases de verre.
Icônes de mode inaccessibles.
Au premier étage, les corners les plus prestigieux cohabitent.
Parmi eux, à peine en retrait, un espace toilettes surprenant :
on y vend de l'encens, des bougies odorantes,
du papier toilette jaune vif ou rose.
Pour un euro acquitté à un jeune homme blanc en chemise blanche,
on pénètre dans un boudoir prune.
Là, un jeune Noir en gilet et tablier noir nous accueille,
courbette gratis et sourire large.
Il indique à la cliente sa future place et la précède
en faisant rutiler la lunette, déjà immaculée.
Geste ostentatoire.
Dans cette alcôve, une vitrine vante un rouleau de papier toilette
noir, une balayette noire aussi.
L'argent donné à un Blanc pour être propre.
Les WC astiqués par un Noir, avec du PQ Noir.
Ce que le Printemps communique aujourd'hui met mal à l'aise.
Des objets inabordables dans un lieu aseptisé, immaculé, intouchable.
Les toilettes payantes, classieuses et marketées,
avec des services à la clientèle régressifs,
quasi ségrégationnistes.
Aujourd'hui, l'homme blanc ne s'étonne plus de rien...

1 commentaires:
Sans déconner...
J'ai parfois l'impression que Paris, loin d'être le phare de la tolérance, un modèle pour toute la France, enfonce au contraire notre beau pays dans les ténèbres de la plus crasseuse des inégalités sociales, dans des abîmes d'injustice et de préjugés...
En donnant l'argent au Noir, la cliente va sûrement penser qu'il va l'envoyer "au bled" (bien évidemment), alors que le beau Blanc saura en faire bon usage.
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