16 janv. 2009

Sabliers givrés de Kozlika, amorce de Benjamin

GRAIN 5

La tripoteuse de tête est rentrée de vacances. On se revoit donc, dans le moelleux de son cabinet. Tout est doux chez elle, les tapis, le fauteuil, son sourire, ses yeux. Pas sa voix. Elle a le phrasé râpeux. Toujours au bord de la quinte de toux.
C'est Bob qui m'amène chaque fois, j'ai bien essayé de lui faire comprendre que je pouvais y aller tout seul. Il est vraiment bouché, celui-là.
Quand je l'ai revue, le 6 janvier, j'étais tout content, j'en tremblais, au point qu'ils se sont inquiétés. Résultat : je me suis retrouvé branché au tensiomètre et elle m'a fait une prise de sang. J'étais moins fier, mais j'ai su profiter de la situation. Je la zieutais intensément : ses chevilles fines, sa cambrure sous la jupe en tweed, la blouse blanche servant son teint rose, le collier Petty si chic...
Elle s'est approchée, a pris ma tête entre ses mains et elle m'a embrassé,
là, devinez où...
Bob, lui, a tapé du pied, énervé; puis a expliqué que j'avais été vilain,
car j'avais croqué par dépit quelques bigorneaux la nuit du réveillon alors qu'un rosbif pommes de terre rendait son jus dans le four.
Sa main à elle, souple et câline se baladait sur moi,
comme je bichais !
Alors, elle a dit à Bob de revenir dans une heure. Elle m'a installé, j'étais plus consentant que jamais, tout était si prometteur... J'ai ouvert la gueule parce qu'elle l'a demandé gentiment, et elle a commencé à me détartrer, une Lucky Strike au bord des lèvres.
La cendre tombant par paquets incendiaires me grillait les poils, les babines, la couenne.
"Eh, eh !" pensais-je, "cela nourrit nos projets de retrouvailles chez elle,
avec ou sans Bob".
A la fin, elle me regarda et souffla de sa voix rauque :
"Nom d'un chien, quand tu m'souris, qu'est-ce que t'es beau !".

3 commentaires:

Lyjazz a dit…

J'aime beaucoup cette atmosphère, ce ton ...

anita a dit…

ouah!

Benjamin a dit…

J'hésite encore sur la chute, c'est dire si elle est surprenante ;-)