31 DECEMBRE
31 décembre, radio libre. J'ai au bout du fil des femmes et des femmes, elles veulent souhaiter via l'émission une bonne année à leur mari, ami, père, amant, enfant emprisonné. Y. me regarde me dépatouiller et me provoque de son grand rire.
31 décembre, les filles du Lido tiennent toutes dans la boîte télé posée sur la petite table. Elles sont même entourées de plumes d'autruche pour pas se cogner dans les angles. Le réveillon à la télé, c'est déprimant au possible, tous ces gens qui se forcent à rire, à danser, alors que vraiment ce n'est pas drôle.
31 décembre, j'ai planté l'après-midi une copine qui avait réservé un réveillon dans un château de cartes. La fine fleur de nos vingt ans y danse en ce moment. Je suis une ortie, je n'aime pas les mondanités.
31 décembre, salle des fêtes d'un bourg du Gers. Je suis assise à une tablée. Des chips désordonnées dans une assiette de carton. Une soupe à l'ail ouvre le bal. Puis un foie gras est servi, puis un magret de canard. Puis un trou normand. Le vin échauffe les gueules. Des masques ridicules coiffent des hommes dansant à la queu-leu-leu. L'un d'eux projette des boules de papier dans mon décolleté. Très drôle... Minuit s'annonce. Des inconnus me font la bise, le verre à la main, l'homme aux boules de papier en profite pour m'embrasser sur la bouche. J'esquive, je recule, les gens rient. Tous dansent entre les plats, le dessert est fané, mon ami a la nausée, je le retrouve la tête dans un container d'épluchures, vomissant l'année qui débute.
31 décembre, ma chambre. Je suis allongée sur mon lit. Je regarde le plafond. J'ai planté deux amis qui avaient préparé un menu pour le réveillon. Je les trouve assortis, ces deux-là que j'avais présentés l'un à l'autre. Tous deux des amateurs de rôti et de pommes dauphine encore surgelées. On les mariera peut-être au printemps. Je trouve les 31 décembre ennuyeux, c'est tatoué.




























