30 juin 2008
29 juin 2008
28 juin 2008
27 juin 2008
26 juin 2008
C'était un atelier au fond du garage, éclairé par deux fenêtres aux carreaux dépolis. Nos pieds trouvaient leur chemin dans la sciure fraîche. Des copeaux de bois recouvraient encore l'établi, invariablement. Ciseaux alignés, vernis caramélisés, boîtes de pointes, Papier de verre de grains divers, pots de colle blanche, marteaux de toutes formes, tout était à portée de nos menottes. Les scies sauteuses, circulaires et autres petites machines tournaient en notre présence. Les chutes de bois étaient à nous. Y enfoncer la pointe sans se taper sur les doigts, sans tordre le clou, notre défi.
Quand il sculptait le bois sur son tour, nous regardions, collés contre son paletot bleu, la forme apparaître. L'air était épaissi par la poudre de bois. Si un rayon de soleil venait à oranger un mur, nous étions pleinement heureux.
25 juin 2008
C'EST L'ETE
Il fait chaud, il fait lourd.
C'est l'été. Eté.
L'être au passé composé. Lettre au passé, composée ?
D'accord.
Cher passé,
Combien j'ai aimé cette vie et tous ses tracas. Cela a dû commencer par de l'amour pur, puis un manque, une absence, comment savoir ? Et puis il y a eu des éternités enfantines, des peurs scolaires, ces gouffres. Je ne savais pas compter au-delà de 9 en maths, les profs non plus en relisant la copie brouillonne. J'ai adoré les lumières et les couleurs, les partages et les sentiments. J'ai adoré décliner les sentiments, constater leurs mutations inéluctables. En prendre mon parti. J'ai aussi donné la vie et j'ai ainsi consenti à accepter l'idée même de la mort. Cette vie est merveilleuse de simplicité. L'été est là, excessif.
24 juin 2008
23 juin 2008
22 juin 2008
20 juin 2008
19 juin 2008
18 juin 2008
Il y avait une telle différence entre nos mains.
Les tiennes étaient énormes, tachées par le temps, les ongles devenus opalins et leur forme carrée semblait un peu rude. Tu avais fini par scier ton alliance, et tu te disais libéré. Humour.
Les miennes s'ouvraient juste, et ignoraient tant de territoires.
Dans tes mains, les miennes étaient des petites pommes toutes chaudes.
17 juin 2008
16 juin 2008
15 juin 2008
REQUISITOIRE CONTRE LE PERE DE DORAOn l'appellera du nom qui était inscrit sur son tee-shirt. Dora.Les jambes en z dans des rollers trop grands, elle était arrimée à l'un des plots du passage piétons.
Celui de l'avenue du Général de Gaulle, l'une des voies les plus dangereuses du quartier.
Dora était en larmes. Elle avait six ans, les jambes prises dans ses carcans roses.
Son père l'avait laissée là, afin qu'elle traverse seule la route. Depuis combien de temps ?
Main dans la main, nous avons traversé le passage piétons, faisant s'arrêter quelques automobilistes. J'ai accompagné l'enfant jusque devant la grille de l'impasse qui menait chez ses parents. Avec un sentiment intense : la colère contre l'irresponsabilité du père.
14 juin 2008
13 juin 2008
12 juin 2008
Voici Alcina, offrant mine de rien de l'amour.
Avec légèreté et rires.
Parfois ce sont des morilles, des plants de tomates ou des roses et des marguerites dans des feuilles de pivoine.Dans les cerises d'Alcina, je retrouve les cerises d'autrefois. Dans ses bouquets, les bocages lointains. Dans l'arôme des champignons, des recettes secrètes.
Ma gratitude est teintée d'émotion, Elle me gêne un peu, cet embarras lui suffit.
Elle est comme cela, Alcina.
11 juin 2008
10 juin 2008
Cela commence par un test. Un test de grossesse. De ceux que l'on achète comme des tickets du Millionnaire, juste pour voir si la chance sourit. Le temps de l'imprégnation, la peur est aussi forte que le désir. Et puis il y a eu tant de tickets vains que l'on n'y croit pas, lorsque la bonne ligne s'affiche : vous êtes enceinte. Qui, moi ?
Et puis ces seins picotent, ces nausées sont affreuses, ces tocades pour du citron : tout au citron, le cheese-cake au citron, la marmelade de citrons, le poisson au citron, les haricots au zeste de citron, les tomates au goût citronné, le lait pour le corps à la citronnelle, le savon ménager au citron...
Et puis le ventre pointe, les échographies se succèdent, les crampes résistent la nuit; le jour, les minettes taille 38 frôlent notre corps embarrassé. Pataud, il poserait bien son fardeau le temps d'une petite robe.
Accouchement. Ce corps chaud, gluant, glissant, petit, que l'on vous tend, relié à un gros cordon nacré. Les larmes, les rires, les larmes, les rires. Regards vers le père.
Des années après, l'enfant tarde à rentrer, l'enfant peine en classe, l'enfant fiévreux, la peur de la mère. Et sa fierté face à ce géant d'elle.
9 juin 2008
8 juin 2008
5 juin 2008
4 juin 2008
3 juin 2008
Telle Justine de Durrell, je pratique depuis longtemps la bibliomancie. Comment je fais ?
Je vais vers une pile ou une rangée de bouquins. Je ferme les yeux, mes mains caressent les livres jusqu'à en retenir un (Parfois, je les reconnais rien qu'à les frôler. Il ne faut pas tricher, attention !).
Je l'ouvre et en choisis au hasard, toujours à l'aveugle une page, puis une ligne. J'ouvre les yeux et je lis :
"Comme tous les hommes de Babylone, j'ai été proconsul; comme eux tous, esclave; j'ai connu comme eux l'omnipotence, l'opprobre, les prisons".
(La loterie à Babylone, Fictions de Borges).
Bien... qu'est-ce que j'en fais ? Haussement d'épaules, songerie, oubli.







































