17 juin 2008

MISS IVE
Combien j'aimais tes feuilles A4. Tu les prenais toujours à l'imprimante du labo. Ah, le stupide sourire statique qu'elle affichait alors, la Hewlett Packard. Elle serrait des dents, l'affreuse, pour que tu ne m'écrives pas.
Tu m'y racontais ce que tu voulais bien me dire et je n'imaginais pas le reste.
Aujourd'hui, nous nous envoyons des est-ce, aime, est-ce.
Et c'est la facture d'ace et fer que je lis.

PASCALE LOE.

16 juin 2008

ATTENDS UN PEU

Quand tu me dis cela, cela me trouble.
Depuis toujours, j'emprunte les chemins vicinaux, les sentiers à gadoue.
Alors attendre, quand n a l'impression d'avoir déjà perdu tant de temps...

15 juin 2008

SYLVIA

REQUISITOIRE CONTRE LE PERE DE DORA

On l'appellera du nom qui était inscrit sur son tee-shirt. Dora.Les jambes en z dans des rollers trop grands, elle était arrimée à l'un des plots du passage piétons.
Celui de l'avenue du Général de Gaulle, l'une des voies les plus dangereuses du quartier.
Dora était en larmes.
Elle avait six ans, les jambes prises dans ses carcans roses.
S
on père l'avait laissée là, afin qu'elle traverse seule la route. Depuis combien de temps ?
Main dans la main, nous avons traversé le passage piétons, faisant s'arrêter quelques automobilistes. J'ai accompagné l'enfant jusque devant la grille de l'impasse qui menait chez ses parents. Avec un sentiment intense : la colère contre l'irresponsabilité du père.



14 juin 2008

CITRONNELLE
C'était un jour d'avril, vers midi, quelque part au milieu de la forêt équatoriale. Un marché rassemblait les paysans de la commune. Des mains rugueuses tendaient des taros, des patates douces, des tomates gercées; des piments écarlate récemment cueillis fomentaient leur vengeance dans de larges vasques chinoises. Une enfant de quatorze ans, allongée sur le tronc vaincu d'un arbre, observait le passage des gens. Face à elle, une vieille femme vendait quelques herbes, ne vendait que cela. La citronnelle du jardin, du voisin, la citronnelle du seigneur. Pour quelques francs CFA.

13 juin 2008

MARIENNE

En Charente, on fait la marienne après le déjeuner.
Entendez la sieste.
Les larges murs de pierre, le bois plein des volets, tout résiste au soleil.
Les chambres sont dans la pénombre, la toile à rayures des matelas se devine sous le drap tendu.
Les meubles ont une patine bleutée.
Parfois, un fil de soleil court sur le papier peint.
S'abandonner au sommeil, à soi-même.
Le figuier en contrebas voit ses fruits exploser.
Nous les dévorerons le soir.

12 juin 2008

LES CERISES D'ALCINA

Une grosse poignée de cerises volées aux étourneaux.
Voici Alcina, offrant mine de rien de l'amour.
Avec légèreté et rires.

Parfois ce sont des morilles, des plants de tomates ou des roses et des marguerites dans des feuilles de pivoine.Dans les cerises d'Alcina, je retrouve les cerises d'autrefois. Dans ses bouquets, les bocages lointains. Dans l'arôme des champignons, des recettes secrètes.
Ma gratitude est teintée d'émotion, Elle me gêne un peu, cet embarras lui suffit.
Elle est comme cela, Alcina.


11 juin 2008

INGRID

10 juin 2008

MERE


Cela commence par un test. Un test de grossesse. De ceux que l'on achète comme des tickets du Millionnaire, juste pour voir si la chance sourit. Le temps de l'imprégnation, la peur est aussi forte que le désir. Et puis il y a eu tant de tickets vains que l'on n'y croit pas, lorsque la bonne ligne s'affiche : vous êtes enceinte. Qui, moi ?

Et puis ces seins picotent, ces nausées sont affreuses, ces tocades pour du citron : tout au citron, le cheese-cake au citron, la marmelade de citrons, le poisson au citron, les haricots au zeste de citron, les tomates au goût citronné, le lait pour le corps à la citronnelle, le savon ménager au citron...

Et puis le ventre pointe, les échographies se succèdent, les crampes résistent la nuit; le jour, les minettes taille 38 frôlent notre corps embarrassé. Pataud, il poserait bien son fardeau le temps d'une petite robe.

Accouchement. Ce corps chaud, gluant, glissant, petit, que l'on vous tend, relié à un gros cordon nacré. Les larmes, les rires, les larmes, les rires. Regards vers le père.

Des années après, l'enfant tarde à rentrer, l'enfant peine en classe, l'enfant fiévreux, la peur de la mère. Et sa fierté face à ce géant d'elle.


9 juin 2008

PLAIDOYER POUR LA PLUIE L'ETE
Sur le pont de Levallois la tôle des voitures brûle, le bitume perd sa couleur sous le soleil cuisant. C'est midi en juin dans la grande ville polluée. Les terrasses des petits restaurants rassemblent les employés des tours de verre. Ca ne sent pas le monoï, c'est plutôt un mélange de tabac, de vin rouge et de laque, de frime et de façades.
Les gens au soleil prennent des poses pendant leur pause.
J'ai envie de pluie, d'une pluie d'orage, une pluie très forte, une pluie violente. De celles qui font courir pour s'abriter. Qui donnent envie de boire un thé, de lire, de s'allonger, de ne rien faire. J'ai envie de l'odeur de la terre après la pluie, de l'évaporation de l'eau jusqu'au prochain déluge.

8 juin 2008

TIMO

5 juin 2008

SI J'AVAIS SU
Si j'avais su, je n'aurais rien changé pour autant.
J'aurais juste essayé de vivre les événements avec le même naturel. Bien que sachant.
Sans raturer le brouillon, sans gommer, ni souligner les passages les plus forts.
Mais on ne sait jamais rien en vérité.




4 juin 2008

CARINE M.

3 juin 2008

BIBLIOMANCIE

Telle Justine de Durrell, je pratique depuis longtemps la bibliomancie. Comment je fais ?
Je vais vers une pile ou une rangée de bouquins. Je ferme les yeux, mes mains caressent les livres jusqu'à en retenir un (Parfois, je les reconnais rien qu'à les frôler. Il ne faut pas tricher, attention !).
Je l'ouvre et en choisis au hasard, toujours à l'aveugle une page, puis une ligne. J'ouvre les yeux et je lis :
"Comme tous les hommes de Babylone, j'ai été proconsul; comme eux tous, esclave; j'ai connu comme eux l'omnipotence, l'opprobre, les prisons".
(La loterie à Babylone, Fictions de Borges).
Bien... qu'est-ce que j'en fais ? Haussement d'épaules, songerie, oubli.


BABE

2 juin 2008

SOMMEIL

C'est l'heure. Je file dans cet ailleurs où tout resurgit sous des masques parfois drôlatiques.


LE TEMPS DE LA REFLEXION

1 juin 2008


AVERSE


Début de soirée, je cheminais avec l'enfant jusqu'à la seule boulangerie du quartier encore ouverte. Ciel gris ciel de plomb. De ceux que j'aime tant. Le premières gouttes tombèrent alors que nous n'avions pas fait la moitié du chemin.

Nous nous abritâmes sous un jeune marronnier puis allâmes d'arbre en arbre jusqu'à nous sourire, le souffle court, sous la grande halle du marché.
La pluie y faisait un bruit variable, agréable. Une dizaine de personnes s'y éparpillait. Chacun observait de son angle de vue la progression des nuages tandis que des vélos rutilants tournoyaient : les enfants.

Plusieurs averses, plus ou moins fortes, se succédèrent.

Non loin, à une fenêtre, un homme âgé prenait le frais, torse nu, une cigarette aux lèvres. Nous nous regardâmes. Nous prenions la mesure de nos silhouettes et de ce que nous partagions avec un plaisir visible : un temps de chien en juin.

Le ciel s'éclairait, la boulangerie allait fermer, l'enfant sautait dans toutes les flaques, éclaboussant de ses rires les façades maussades.







BANDANA

30 mai 2008


DON ET DEMANDE

Donner et demander ? C'est kif-kif.
Celui qui donne trop peut trahir une envie d'être aimé.
Celui qui demande révèle par l'assiduité de sa démarche sa dépendance.
Trop demander c'est tyranniser.
Trop donner c'est phagocyter.


UN BAISER

29 mai 2008

BRESIL/NIGERIA

Joao Gilberto, Elis Regina, Marisa Monte, Antonios Carlos Jobim et Chico Buarque chantaient aujourd'hui leurs airs brésiliens. J'avais été les chercher, pensant ne pas les connaître. Mais un disque de Stan Getz m'avait familiarisé à leurs classiques.
Ca coulait tout seul, sans effort, alors que j'étais au travail, fixant mon attention dans l'ambre de la lampe de bureau.
C'était sûrement trop facile.
J'ai quitté le bois de braise pour le Cap Vert.
Sara Tavares, Cesaria Evora.
"Plus bas, plus bas !", me soufflaient les rythmes assourdis.
Nigeria : Femi Kuti étranglait les cuivres de sa musique funk, souple, nerveux, clairement sombre et vindicatif, comme son père.
Black man know yourself, don't forget your past
Son père... Fela jouait des pulsations et des mots comme un stratège, tendant les nerfs du public dans une attente hypnotique. Le regard de Fela, calculateur depuis son orgue, le geste fort.
Afrobeat.


L'EAU TROUBLEE
Prenez un grand verre. Remplissez-le d'une eau minérale, non pétillante.
Contemplez la limpidité, le jeu de lumière de l'eau dans le verre.
Une goutte de grenadine, et tout est changé.
Il n'y a plus d'eau, il n'y a pas encore de grenadine.
C'est une mutation lente, irréversible, un rapport de force.
Une transparence teintée.
Rien n'a plus le même goût.
Comment je fais ?
Je fais comment ?



28 mai 2008

CLARA 1941

27 mai 2008

MON AGENDA TAIT

Dans ce carnet défilent les jours, les semaines, les saints et les saisons. J'y inscris scrupuleusement la liste des dossiers en cours, les congés des collaborateurs, les dates de réunions, la répartition des travaux entre auteurs. Les vacances.
Cet agenda ne livre rien de mes journées réelles, de ce qui est impalpable. Les rires, les songes, la contemplation furtive d'un ciel gris.

POURQUOI DIS-TU CELA ?

26 mai 2008

LA TISANE DE FRANCIS PONGE

Dans Le parti pris des choses, le poète compare l'automne à une tisane froide.
Mai là, c'est le printemps, rien à voir !
Pourtant...

Je filais sous la pluie ce soir, dans les rues bordées d'arbres.
Des arbres épaissis par des kilos de feuilles fraîches, vertes.
Soudain, une odeur de tisane emplit l'atmosphère.
Insolite.
La pluie sur les tilleuls en fleurs, additionnée à la chaleur orageuse avait créé les conditions idéales pour rappeler le parfum des tasses de tisane, si vives sous la lumière crue de la cuisine.
On les buvait, enfant, pour apprivoiser la nuit, avant de regagner les lits de plume aux draps rèches frais.
Obscurité.
Au-dehors, la campagne parlait mystères. Des vers luisants créaient des éclats phosphorescents au pied des tilleuls.

25 mai 2008

LA MOME VERT DE GRIS
Je veux du vert.
Les eaux épaisses et statiques du marais poitevin. Opacité des nappes de lentilles d'eau, bruissement des frondaisons sous l'effet du vent. Jeu chromatique recto verso des feuilles de peuplier.
Les cosses des petits pois, ouvertes au jardin. Vert gai, vert velouté. Dans l'une d'elles, cinq pois, accolés comme des orteils de bébé. Plus ou moins sucrés.
Une menthe à l'eau sirotée à la paille sous un parasol délavé par le soleil. Vert de môme grise.
Je veux du vert.

24 mai 2008

PLUIE DE MAI
Nous étions sur le vélo tous deux et filochions sous un ciel sombre.

Quelques gouttes nous visaient parfois.
Nous pensions arriver assez tôt pour échapper à l'orage.
Le flux des voitures avait encore tout d'un tranquille roulement à billes.

Le ciel craqua d'un coup, l'averse troubla aussitôt le paysage, des autos se tamponnèrent, les phares flashy. Nous passâmes le carrefour seuls, défiant le feu rouge, un peu hagards, les vêtements collés à la peau.

Une entrée de garage, gueule béante.
A l'abri, tonifiés par cette rafale, nous riions de notre allure, de ces gouttes qui tombaient encore lourdement d'une mèche de cheveux, de notre joie d'être ensemble, si différents, si semblables.

Lui l'enfant, moi.

23 mai 2008

Jeanne


22 mai 2008

Eléonore très près
Ma grand-mère répétait ce proverbe : N'est pas beau qui est beau. Est beau qui plaît.
Elle avait bien raison.

Elisa D.

20 mai 2008

GUS'
Cette histoire n'est pas pour vous
N'écoutez pas
D'ailleurs ce que je dis ne vous
Regarde pas...
(P.Perret La louve)

19 mai 2008

MAURO

18 mai 2008

RIRES

Et oui, je ris quand je me brûle !
Et là je brûle !!

DOUBLE VIE DE VERONIQUE



Ce soir, nous avons revu La Double vie de Véronique.

Avec Irène Jacob, Philippe Volter.

Film de Kieslowski, primé à Cannes.
Musique essentielle de Preisner.


Années 90, tout début.

Cracovie, Clermont-Ferrand, Paris Saint-Lazare.

Deux filles, deux voix, deux pères, deux absences de mère.

Deux marionnettes.

La musique impressionnante, la beauté fraîche d'Irène Jacob, le visage fin et soucieux de Volter.

Les luminosités typiques, le jeu de la caméra.

Pas envie de faire des phrases

Pas envie.