10 juin 2008

MERE


Cela commence par un test. Un test de grossesse. De ceux que l'on achète comme des tickets du Millionnaire, juste pour voir si la chance sourit. Le temps de l'imprégnation, la peur est aussi forte que le désir. Et puis il y a eu tant de tickets vains que l'on n'y croit pas, lorsque la bonne ligne s'affiche : vous êtes enceinte. Qui, moi ?

Et puis ces seins picotent, ces nausées sont affreuses, ces tocades pour du citron : tout au citron, le cheese-cake au citron, la marmelade de citrons, le poisson au citron, les haricots au zeste de citron, les tomates au goût citronné, le lait pour le corps à la citronnelle, le savon ménager au citron...

Et puis le ventre pointe, les échographies se succèdent, les crampes résistent la nuit; le jour, les minettes taille 38 frôlent notre corps embarrassé. Pataud, il poserait bien son fardeau le temps d'une petite robe.

Accouchement. Ce corps chaud, gluant, glissant, petit, que l'on vous tend, relié à un gros cordon nacré. Les larmes, les rires, les larmes, les rires. Regards vers le père.

Des années après, l'enfant tarde à rentrer, l'enfant peine en classe, l'enfant fiévreux, la peur de la mère. Et sa fierté face à ce géant d'elle.


9 juin 2008

PLAIDOYER POUR LA PLUIE L'ETE
Sur le pont de Levallois la tôle des voitures brûle, le bitume perd sa couleur sous le soleil cuisant. C'est midi en juin dans la grande ville polluée. Les terrasses des petits restaurants rassemblent les employés des tours de verre. Ca ne sent pas le monoï, c'est plutôt un mélange de tabac, de vin rouge et de laque, de frime et de façades.
Les gens au soleil prennent des poses pendant leur pause.
J'ai envie de pluie, d'une pluie d'orage, une pluie très forte, une pluie violente. De celles qui font courir pour s'abriter. Qui donnent envie de boire un thé, de lire, de s'allonger, de ne rien faire. J'ai envie de l'odeur de la terre après la pluie, de l'évaporation de l'eau jusqu'au prochain déluge.

8 juin 2008

TIMO

5 juin 2008

SI J'AVAIS SU
Si j'avais su, je n'aurais rien changé pour autant.
J'aurais juste essayé de vivre les événements avec le même naturel. Bien que sachant.
Sans raturer le brouillon, sans gommer, ni souligner les passages les plus forts.
Mais on ne sait jamais rien en vérité.




4 juin 2008

CARINE M.

3 juin 2008

BIBLIOMANCIE

Telle Justine de Durrell, je pratique depuis longtemps la bibliomancie. Comment je fais ?
Je vais vers une pile ou une rangée de bouquins. Je ferme les yeux, mes mains caressent les livres jusqu'à en retenir un (Parfois, je les reconnais rien qu'à les frôler. Il ne faut pas tricher, attention !).
Je l'ouvre et en choisis au hasard, toujours à l'aveugle une page, puis une ligne. J'ouvre les yeux et je lis :
"Comme tous les hommes de Babylone, j'ai été proconsul; comme eux tous, esclave; j'ai connu comme eux l'omnipotence, l'opprobre, les prisons".
(La loterie à Babylone, Fictions de Borges).
Bien... qu'est-ce que j'en fais ? Haussement d'épaules, songerie, oubli.


BABE

2 juin 2008

SOMMEIL

C'est l'heure. Je file dans cet ailleurs où tout resurgit sous des masques parfois drôlatiques.


LE TEMPS DE LA REFLEXION

1 juin 2008


AVERSE


Début de soirée, je cheminais avec l'enfant jusqu'à la seule boulangerie du quartier encore ouverte. Ciel gris ciel de plomb. De ceux que j'aime tant. Le premières gouttes tombèrent alors que nous n'avions pas fait la moitié du chemin.

Nous nous abritâmes sous un jeune marronnier puis allâmes d'arbre en arbre jusqu'à nous sourire, le souffle court, sous la grande halle du marché.
La pluie y faisait un bruit variable, agréable. Une dizaine de personnes s'y éparpillait. Chacun observait de son angle de vue la progression des nuages tandis que des vélos rutilants tournoyaient : les enfants.

Plusieurs averses, plus ou moins fortes, se succédèrent.

Non loin, à une fenêtre, un homme âgé prenait le frais, torse nu, une cigarette aux lèvres. Nous nous regardâmes. Nous prenions la mesure de nos silhouettes et de ce que nous partagions avec un plaisir visible : un temps de chien en juin.

Le ciel s'éclairait, la boulangerie allait fermer, l'enfant sautait dans toutes les flaques, éclaboussant de ses rires les façades maussades.







BANDANA

30 mai 2008


DON ET DEMANDE

Donner et demander ? C'est kif-kif.
Celui qui donne trop peut trahir une envie d'être aimé.
Celui qui demande révèle par l'assiduité de sa démarche sa dépendance.
Trop demander c'est tyranniser.
Trop donner c'est phagocyter.


UN BAISER

29 mai 2008

BRESIL/NIGERIA

Joao Gilberto, Elis Regina, Marisa Monte, Antonios Carlos Jobim et Chico Buarque chantaient aujourd'hui leurs airs brésiliens. J'avais été les chercher, pensant ne pas les connaître. Mais un disque de Stan Getz m'avait familiarisé à leurs classiques.
Ca coulait tout seul, sans effort, alors que j'étais au travail, fixant mon attention dans l'ambre de la lampe de bureau.
C'était sûrement trop facile.
J'ai quitté le bois de braise pour le Cap Vert.
Sara Tavares, Cesaria Evora.
"Plus bas, plus bas !", me soufflaient les rythmes assourdis.
Nigeria : Femi Kuti étranglait les cuivres de sa musique funk, souple, nerveux, clairement sombre et vindicatif, comme son père.
Black man know yourself, don't forget your past
Son père... Fela jouait des pulsations et des mots comme un stratège, tendant les nerfs du public dans une attente hypnotique. Le regard de Fela, calculateur depuis son orgue, le geste fort.
Afrobeat.


L'EAU TROUBLEE
Prenez un grand verre. Remplissez-le d'une eau minérale, non pétillante.
Contemplez la limpidité, le jeu de lumière de l'eau dans le verre.
Une goutte de grenadine, et tout est changé.
Il n'y a plus d'eau, il n'y a pas encore de grenadine.
C'est une mutation lente, irréversible, un rapport de force.
Une transparence teintée.
Rien n'a plus le même goût.
Comment je fais ?
Je fais comment ?



28 mai 2008

CLARA 1941

27 mai 2008

MON AGENDA TAIT

Dans ce carnet défilent les jours, les semaines, les saints et les saisons. J'y inscris scrupuleusement la liste des dossiers en cours, les congés des collaborateurs, les dates de réunions, la répartition des travaux entre auteurs. Les vacances.
Cet agenda ne livre rien de mes journées réelles, de ce qui est impalpable. Les rires, les songes, la contemplation furtive d'un ciel gris.

POURQUOI DIS-TU CELA ?

26 mai 2008

LA TISANE DE FRANCIS PONGE

Dans Le parti pris des choses, le poète compare l'automne à une tisane froide.
Mai là, c'est le printemps, rien à voir !
Pourtant...

Je filais sous la pluie ce soir, dans les rues bordées d'arbres.
Des arbres épaissis par des kilos de feuilles fraîches, vertes.
Soudain, une odeur de tisane emplit l'atmosphère.
Insolite.
La pluie sur les tilleuls en fleurs, additionnée à la chaleur orageuse avait créé les conditions idéales pour rappeler le parfum des tasses de tisane, si vives sous la lumière crue de la cuisine.
On les buvait, enfant, pour apprivoiser la nuit, avant de regagner les lits de plume aux draps rèches frais.
Obscurité.
Au-dehors, la campagne parlait mystères. Des vers luisants créaient des éclats phosphorescents au pied des tilleuls.

25 mai 2008

LA MOME VERT DE GRIS
Je veux du vert.
Les eaux épaisses et statiques du marais poitevin. Opacité des nappes de lentilles d'eau, bruissement des frondaisons sous l'effet du vent. Jeu chromatique recto verso des feuilles de peuplier.
Les cosses des petits pois, ouvertes au jardin. Vert gai, vert velouté. Dans l'une d'elles, cinq pois, accolés comme des orteils de bébé. Plus ou moins sucrés.
Une menthe à l'eau sirotée à la paille sous un parasol délavé par le soleil. Vert de môme grise.
Je veux du vert.

24 mai 2008

PLUIE DE MAI
Nous étions sur le vélo tous deux et filochions sous un ciel sombre.

Quelques gouttes nous visaient parfois.
Nous pensions arriver assez tôt pour échapper à l'orage.
Le flux des voitures avait encore tout d'un tranquille roulement à billes.

Le ciel craqua d'un coup, l'averse troubla aussitôt le paysage, des autos se tamponnèrent, les phares flashy. Nous passâmes le carrefour seuls, défiant le feu rouge, un peu hagards, les vêtements collés à la peau.

Une entrée de garage, gueule béante.
A l'abri, tonifiés par cette rafale, nous riions de notre allure, de ces gouttes qui tombaient encore lourdement d'une mèche de cheveux, de notre joie d'être ensemble, si différents, si semblables.

Lui l'enfant, moi.

23 mai 2008

Jeanne


22 mai 2008

Eléonore très près
Ma grand-mère répétait ce proverbe : N'est pas beau qui est beau. Est beau qui plaît.
Elle avait bien raison.

Elisa D.

20 mai 2008

GUS'
Cette histoire n'est pas pour vous
N'écoutez pas
D'ailleurs ce que je dis ne vous
Regarde pas...
(P.Perret La louve)

19 mai 2008

MAURO

18 mai 2008

RIRES

Et oui, je ris quand je me brûle !
Et là je brûle !!

DOUBLE VIE DE VERONIQUE



Ce soir, nous avons revu La Double vie de Véronique.

Avec Irène Jacob, Philippe Volter.

Film de Kieslowski, primé à Cannes.
Musique essentielle de Preisner.


Années 90, tout début.

Cracovie, Clermont-Ferrand, Paris Saint-Lazare.

Deux filles, deux voix, deux pères, deux absences de mère.

Deux marionnettes.

La musique impressionnante, la beauté fraîche d'Irène Jacob, le visage fin et soucieux de Volter.

Les luminosités typiques, le jeu de la caméra.

Pas envie de faire des phrases

Pas envie.

16 mai 2008

VOLUTE BLEUE

15 mai 2008

ESTHER

Il fait noir, il fait nuit, une pluie d'orage crépite sur le pavé, sur l'herbe fine, sur les plants de tomates.
La terre chaude prend une raclée
ça sent bon.
La pluie redouble d'intensité, la terre s'effrite,
les géraniums perdent des pétales.
Il serait raisonnable de fermer les stores.
Au loin l'orage gronde.

HENRY MILLER


Dans le Voyage du Condottière, André Suarès part d'un postulat : si l'on peut tomber fou amoureux d'un être, alors, on peut aimer aussi intensément une ville.
Le Condottière est donc en quête d'une ville, traverse l'Italie et finit par rencontrer Sienne la bien-aimée.

Il n'est pas question de Suarès ici, je sais bien.
Mais d'Henry Miller.
La vie nous fait croiser des êtres, et certaines rencontres sont marquantes.
Etres de chair, êtres d'encre et de papier.

C'est ainsi qu'Henry Miller a pris place dans ma vie.
Cela a commencé comment cette histoire ?
A vrai dire, je crois que des amis me l'ont présenté :
il y avait Cendrars et Durrell, et Anais Nin.
Trois amis de bon conseil.


J'ai été bluffée par la liberté du bonhomme, par l'écriture foisonnante.
Parfois j'en ai eu assez de lui, tant il allait loin.
Mais invariablement je reprenais le fil de ses narrations.

J'ai à cet instant sous les yeux Max et les phagocytes, paru aux Editions du chêne en 1947. C'est un ensemble de nouvelles (dont Via Dieppe-Newhaven, paru depuis en poche dans l'Oeil qui voyage).
Allez, un passage pris au hasard restitue la pensée de Miller (Fragments de la crucifixion en rose) :
"Aller de l'avant en se cramponnant au passé, c'est traîner avec soi les boulets du forçat. Le prisonnier n'est pas celui qui a commis un crime, mais celui qui se cramponne à son crime et ne cesse de le revivre. Il n'est pas un de nous qui ne soit coupable d'un crime : celui, énorme, de ne pas vivre pleinement la vie".

14 mai 2008

LES TRACES DU PASSE ESCLAVAGISTE

On commémorait le 10 mai dernier les 160 ans de l'abolition de l'esclavage.

J'avais distribué quelques flyers pour inciter des proches à participer à la marche des libertés.

Auprès de gens de partout, que les préjugés dérangent, et qui luttent contre eux-mêmes parfois pour les remettre en cause.
Parmi ceux-ci, une collègue martiniquaise fut informée de l'événement.


Il y a deux jours de cela, elle me croise, et m'explique qu'elle n'était pas venue manifester, alors que des amis à elle jouaient du tambour dans le cortège," pour fêter l'anniversaire de mai 68".
Je lui évoque tout l'intérêt de la marche des libertés, elle me remet cela :"Ah, oui, pour les 40 ans de mai 68, j'aurais pu y aller, mais j'étais fatiguée, il faisait chaud".

Faut-il qu'il y ait encore de la douleur au fond de chaque descendant d'esclave pour que la marche des libertés soit interprétée par certains comme une commémoration de mai 68.

13 mai 2008

ARNAUD

12 mai 2008

PAULA T.

11 mai 2008

LA MARCHE DES LIBERTES

Le 10 mai, on commémorait l'abolition de l'esclavage entre République et Bastille.

C'était l'occasion de parler de la place des Francais en France.
(Au comptoir de Marianne, une simple goutte de café dans votre lait, et votre consommation peut devenir un p'tit noir).

Les Français étaient donc dans la rue, scandant des messages appelant à l'égalité entre tous, à la fraternité, puisque la liberté était acquise depuis 160 ans, dans les textes.

Un peuple bigarré, des spectateurs se joignant au cortège.
Des bébés en poussette, des pépé (et mémée) en goguette.
Des amants aux fenêtres,
des chants antillais et des cauris entrechoqués contre des calebasses.

Place de la Bastille, onze anneaux humains autour du génie, symbolisaient des chaînes encore à rompre.

Rompez !