7 mai 2008
LES BORDS DE LA VONNE
Parfois la mémoire superpose au quotidien des images récurrentes.
Ce matin - est-ce grâce au soleil, à la douceur de ce mois de mai, à l'activité même qui occupe mes journées - un souvenir s'est imposé à moi, passant devant les yeux l'air de rien, et repassant encore, avec une insistance insolente.
J'ai pensé : "Ma mémoire crie, ma mémoire parle de ce coin de campagne".
Voyez les dernières habitations d'un village de l'Ouest. Une route étroite surplombe la vallée au fond de laquelle coule la Vonne.
Au bout de ce chemin, un petit sentier descend abruptement jusqu'à la rivière.
Des noisetiers apportent l'ombre, des souches ralentissent le pas.
Au bas, la terre tendre et brune est relayée par des pierres brutes irrégulières. Le temps du passage, le promeneur semble jouer à la marelle ici.
L'eau à l'oreille.
Un pont moussu, taché de lichen enjambe la rivière.
L'hiver, l'eau est jaunâtre, mousseuse, charriée avec force.
L'été, quand l'eau vient à manquer, les demoiselles en animent la surface.
Les verts sont plus ternes qu'en mai, le soleil est plus doré.
Passé le pont, une côte abrupte attend le promeneur saoul de lumière, repu de sensations.
Des poules en liberté montrent le chemin en toute anarchie, commentant de leurs gloussements leurs affolements intérieurs.
Des chênes et des châtaigniers bordent la route de ce paysage bocager.
Au loin, le bourg se profile :
"Un p'tit village,
un vieux clocher,
un paysage si bien caché,
et dans un nuage,
le cher visage de mon passé.
De mon passé".
(Charles Trenet)
6 mai 2008
A ceux qui me conseillent d'essayer la peinture à l'huile, je les remercie mais je balaie l'idée.
Sa noblesse, son train de sénateur au séchage, son prestige sont aux antipodes de mes intentions.
Le post-it est un dessin de rien, une esquisse tracée en attendant l'info au téléphone, une récréation entre deux gros dossiers.
C'est aussi un petit format imposé avec ses teintes flashy ou pastel.
Derrière, on doit se débrouiller avec, à coups de stabilos fluos, de stylo bleu ou noir, de criterium. Le post-it se marie bien avec le web, qui le magnifie.
5 mai 2008
Revoir Diva
J'ai récemment revu Diva, de Jean-Jacques Beineix.
L'histoire d'un facteur fou de lyrique, fan d'une diva, devenant la cible de tueurs impitoyables.
Ultra moderne à sa sortie, le film des années 80 a forcément pris un petit coup de vieux.
Qu'en reste-t-il ?
La débauche chromatique: trois couleurs rythment la narration. Le jaune, celui de la Poste et des panneaux urbains; le rouge, de la bécane volée et du sang, le bleu de l'eau et du ciel, libérateur. De plus le fluo a la part belle dans le film : les néons, le flipper, la déco.
L'esthétique rappelant l'univers de Loustal et d'Yvan Pommaux, les dessinateurs : des angles de vue originaux, des voitures des années 30 rutilantes, silencieuses, des crapules aux physiques complémentaires (Dominique Pinon/Gérard Darmon).
Le graphisme, nourri des années 50 met en scène de belles américaines, une pin-up peintes en trompe-l'oeil.
Le casting, intéressant, avec un rôle de héros tranquille idéal pour Richard Bohringer, dandy efficace, songeur dans un bain bleu.
Diva parle aussi d'amour et d'amitié. L'amour idolâtre d'un jeune homme ordinaire pour la musique lyrique et pour une diva. L'amour et la trahison sont par ailleurs liés.
L'amitié sauve finalement la situation.
Elle a la gouaille d'une jolie Chinoise faisant des huit sur rollers.
4 mai 2008

Une femme parée comme à Cotonou, d'un boubou froncé et vaste, coiffée d'un foulard assorti magnifiant son teint, l'ovale de son visage, le sombre attrait de sa pupille.
Plus loin, deux autres.
J'ai alors songé aux Alsaciennes, aux Bretonnes qui (ex-)portèrent leur costume régional autrefois.
Je me suis dit : il faut regarder ces femmes, il faut apprécier leur coquetterie; bientôt, il n'y aura plus de femmes ainsi vêtues, même le dimanche à midi, avant un repas de famille, même par un soleil chaud.
Les filles de ces femmes seront vêtues comme tout le monde : H et M, Zara, C et A.
Une silhouette en boubou à un arrêt de bus par un dimanche de printemps, c'est peut-être l'expression de la pauvreté et de l'immigration.
C'est aussi l'expression d'un monde qui change, d'une société qui assimile ses différences comme autant de richesses.
Et le boubou de l'abribus est l'une des plus jolies fleurs de Marianne.
UN ALLER-RETOUR POUR DES BEIGNETS-HARICOTS
Les murs des villes affichent une scène de petit-déjeuner insolite : une fillette poursuit sa nuit sur une tranche de pain de mie industriel. Tranche épaisse, moelleuse à souhait.
Les enfants sont il est vrai habitués en Europe à consommer des aliments mous : le pain de mie, le pain au lait, la brioche, le knacki, le hamburger, le kebab, le steak haché, le poisson pané, la purée en flocons, les bonbons gélifiés, les chewing-gums...
Les enfants ignorent presque l'arête, le nerf, la fibre.
Au Cameroun, des enfants se nourrissent encore dès le matin de beignets haricots.
Coup d'oeil dans la gamelle : les haricots rouges sont imprégnés d'une sauce à base de tomates, d'oignons, de piments (le chili sans carne si vous préférez).
Les beignets ne sont pas ces boules fourrées de confiture et saupoudrées de sucre glace, vendues un peu partout en France, notamment sur les plages.
Ce sont là des bouchées de pâte frite (levure de boulanger + eau tiède + sucre + farine) qui remplacent le pain.
Les commerçants chinois installés à Douala auraient industrialisé le marché, lequel a raréfié la présence des mamas makalas ou mamas beans, légendaires reines du petit déj' local. Ces Togolaises fournissaient à chaque coin de rue l'écolier comme le maître.





