26 mai 2008

LA TISANE DE FRANCIS PONGE

Dans Le parti pris des choses, le poète compare l'automne à une tisane froide.
Mai là, c'est le printemps, rien à voir !
Pourtant...

Je filais sous la pluie ce soir, dans les rues bordées d'arbres.
Des arbres épaissis par des kilos de feuilles fraîches, vertes.
Soudain, une odeur de tisane emplit l'atmosphère.
Insolite.
La pluie sur les tilleuls en fleurs, additionnée à la chaleur orageuse avait créé les conditions idéales pour rappeler le parfum des tasses de tisane, si vives sous la lumière crue de la cuisine.
On les buvait, enfant, pour apprivoiser la nuit, avant de regagner les lits de plume aux draps rèches frais.
Obscurité.
Au-dehors, la campagne parlait mystères. Des vers luisants créaient des éclats phosphorescents au pied des tilleuls.

25 mai 2008

LA MOME VERT DE GRIS
Je veux du vert.
Les eaux épaisses et statiques du marais poitevin. Opacité des nappes de lentilles d'eau, bruissement des frondaisons sous l'effet du vent. Jeu chromatique recto verso des feuilles de peuplier.
Les cosses des petits pois, ouvertes au jardin. Vert gai, vert velouté. Dans l'une d'elles, cinq pois, accolés comme des orteils de bébé. Plus ou moins sucrés.
Une menthe à l'eau sirotée à la paille sous un parasol délavé par le soleil. Vert de môme grise.
Je veux du vert.

24 mai 2008

PLUIE DE MAI
Nous étions sur le vélo tous deux et filochions sous un ciel sombre.

Quelques gouttes nous visaient parfois.
Nous pensions arriver assez tôt pour échapper à l'orage.
Le flux des voitures avait encore tout d'un tranquille roulement à billes.

Le ciel craqua d'un coup, l'averse troubla aussitôt le paysage, des autos se tamponnèrent, les phares flashy. Nous passâmes le carrefour seuls, défiant le feu rouge, un peu hagards, les vêtements collés à la peau.

Une entrée de garage, gueule béante.
A l'abri, tonifiés par cette rafale, nous riions de notre allure, de ces gouttes qui tombaient encore lourdement d'une mèche de cheveux, de notre joie d'être ensemble, si différents, si semblables.

Lui l'enfant, moi.

23 mai 2008

Jeanne


22 mai 2008

Eléonore très près
Ma grand-mère répétait ce proverbe : N'est pas beau qui est beau. Est beau qui plaît.
Elle avait bien raison.

Elisa D.

20 mai 2008

GUS'
Cette histoire n'est pas pour vous
N'écoutez pas
D'ailleurs ce que je dis ne vous
Regarde pas...
(P.Perret La louve)

19 mai 2008

MAURO

18 mai 2008

RIRES

Et oui, je ris quand je me brûle !
Et là je brûle !!

DOUBLE VIE DE VERONIQUE



Ce soir, nous avons revu La Double vie de Véronique.

Avec Irène Jacob, Philippe Volter.

Film de Kieslowski, primé à Cannes.
Musique essentielle de Preisner.


Années 90, tout début.

Cracovie, Clermont-Ferrand, Paris Saint-Lazare.

Deux filles, deux voix, deux pères, deux absences de mère.

Deux marionnettes.

La musique impressionnante, la beauté fraîche d'Irène Jacob, le visage fin et soucieux de Volter.

Les luminosités typiques, le jeu de la caméra.

Pas envie de faire des phrases

Pas envie.

16 mai 2008

VOLUTE BLEUE

15 mai 2008

ESTHER

Il fait noir, il fait nuit, une pluie d'orage crépite sur le pavé, sur l'herbe fine, sur les plants de tomates.
La terre chaude prend une raclée
ça sent bon.
La pluie redouble d'intensité, la terre s'effrite,
les géraniums perdent des pétales.
Il serait raisonnable de fermer les stores.
Au loin l'orage gronde.

HENRY MILLER


Dans le Voyage du Condottière, André Suarès part d'un postulat : si l'on peut tomber fou amoureux d'un être, alors, on peut aimer aussi intensément une ville.
Le Condottière est donc en quête d'une ville, traverse l'Italie et finit par rencontrer Sienne la bien-aimée.

Il n'est pas question de Suarès ici, je sais bien.
Mais d'Henry Miller.
La vie nous fait croiser des êtres, et certaines rencontres sont marquantes.
Etres de chair, êtres d'encre et de papier.

C'est ainsi qu'Henry Miller a pris place dans ma vie.
Cela a commencé comment cette histoire ?
A vrai dire, je crois que des amis me l'ont présenté :
il y avait Cendrars et Durrell, et Anais Nin.
Trois amis de bon conseil.


J'ai été bluffée par la liberté du bonhomme, par l'écriture foisonnante.
Parfois j'en ai eu assez de lui, tant il allait loin.
Mais invariablement je reprenais le fil de ses narrations.

J'ai à cet instant sous les yeux Max et les phagocytes, paru aux Editions du chêne en 1947. C'est un ensemble de nouvelles (dont Via Dieppe-Newhaven, paru depuis en poche dans l'Oeil qui voyage).
Allez, un passage pris au hasard restitue la pensée de Miller (Fragments de la crucifixion en rose) :
"Aller de l'avant en se cramponnant au passé, c'est traîner avec soi les boulets du forçat. Le prisonnier n'est pas celui qui a commis un crime, mais celui qui se cramponne à son crime et ne cesse de le revivre. Il n'est pas un de nous qui ne soit coupable d'un crime : celui, énorme, de ne pas vivre pleinement la vie".

14 mai 2008

LES TRACES DU PASSE ESCLAVAGISTE

On commémorait le 10 mai dernier les 160 ans de l'abolition de l'esclavage.

J'avais distribué quelques flyers pour inciter des proches à participer à la marche des libertés.

Auprès de gens de partout, que les préjugés dérangent, et qui luttent contre eux-mêmes parfois pour les remettre en cause.
Parmi ceux-ci, une collègue martiniquaise fut informée de l'événement.


Il y a deux jours de cela, elle me croise, et m'explique qu'elle n'était pas venue manifester, alors que des amis à elle jouaient du tambour dans le cortège," pour fêter l'anniversaire de mai 68".
Je lui évoque tout l'intérêt de la marche des libertés, elle me remet cela :"Ah, oui, pour les 40 ans de mai 68, j'aurais pu y aller, mais j'étais fatiguée, il faisait chaud".

Faut-il qu'il y ait encore de la douleur au fond de chaque descendant d'esclave pour que la marche des libertés soit interprétée par certains comme une commémoration de mai 68.

13 mai 2008

ARNAUD

12 mai 2008

PAULA T.

11 mai 2008

LA MARCHE DES LIBERTES

Le 10 mai, on commémorait l'abolition de l'esclavage entre République et Bastille.

C'était l'occasion de parler de la place des Francais en France.
(Au comptoir de Marianne, une simple goutte de café dans votre lait, et votre consommation peut devenir un p'tit noir).

Les Français étaient donc dans la rue, scandant des messages appelant à l'égalité entre tous, à la fraternité, puisque la liberté était acquise depuis 160 ans, dans les textes.

Un peuple bigarré, des spectateurs se joignant au cortège.
Des bébés en poussette, des pépé (et mémée) en goguette.
Des amants aux fenêtres,
des chants antillais et des cauris entrechoqués contre des calebasses.

Place de la Bastille, onze anneaux humains autour du génie, symbolisaient des chaînes encore à rompre.

Rompez !





7 mai 2008

VACANCES !

TU N'AS PAS CHAUD AVEC CE PULL ?

LES BORDS DE LA VONNE

Parfois la mémoire superpose au quotidien des images récurrentes.

Ce matin - est-ce grâce au soleil, à la douceur de ce mois de mai, à l'activité même qui occupe mes journées - un souvenir s'est imposé à moi, passant devant les yeux l'air de rien, et repassant encore, avec une insistance insolente.

J'ai pensé : "Ma mémoire crie, ma mémoire parle de ce coin de campagne".

Voyez les dernières habitations d'un village de l'Ouest. Une route étroite surplombe la vallée au fond de laquelle coule la Vonne.

Au bout de ce chemin, un petit sentier descend abruptement jusqu'à la rivière.
Des noisetiers apportent l'ombre, des souches ralentissent le pas.
Au bas, la terre tendre et brune est relayée par des pierres brutes irrégulières. Le temps du passage, le promeneur semble jouer à la marelle ici.

L'eau à l'oreille.

Un pont moussu, taché de lichen enjambe la rivière.
L'hiver, l'eau est jaunâtre, mousseuse, charriée avec force.
L'été, quand l'eau vient à manquer, les demoiselles en animent la surface.

Les verts sont plus ternes qu'en mai, le soleil est plus doré.
Passé le pont, une côte abrupte attend le promeneur saoul de lumière, repu de sensations.

Des poules en liberté montrent le chemin en toute anarchie, commentant de leurs gloussements leurs affolements intérieurs.

Des chênes et des châtaigniers bordent la route de ce paysage bocager.
Au loin, le bourg se profile :
"Un p'tit village,
un vieux clocher,
un paysage si bien caché,
et dans un nuage,
le cher visage de mon passé.
De mon passé".
(Charles Trenet)

6 mai 2008

Sarah F.

Dessiner sur des post-it

A ceux qui me conseillent d'essayer la peinture à l'huile, je les remercie mais je balaie l'idée.
Sa noblesse, son train de sénateur au séchage, son prestige sont aux antipodes de mes intentions.

Le post-it est un dessin de rien, une esquisse tracée en attendant l'info au téléphone, une récréation entre deux gros dossiers.
C'est aussi un petit format imposé avec ses teintes flashy ou pastel.

Derrière, on doit se débrouiller avec, à coups de stabilos fluos, de stylo bleu ou noir, de criterium. Le post-it se marie bien avec le web, qui le magnifie.

5 mai 2008

Portrait d'une gauchère (plus du tout) contrariée

Revoir Diva

J'ai récemment revu Diva, de Jean-Jacques Beineix.

L'histoire d'un facteur fou de lyrique, fan d'une diva, devenant la cible de tueurs impitoyables.

Ultra moderne à sa sortie, le film des années 80 a forcément pris un petit coup de vieux.
Qu'en reste-t-il ?

La débauche chromatique: trois couleurs rythment la narration. Le jaune, celui de la Poste et des panneaux urbains; le rouge, de la bécane volée et du sang, le bleu de l'eau et du ciel, libérateur. De plus le fluo a la part belle dans le film : les néons, le flipper, la déco.

L'esthétique rappelant l'univers de Loustal et d'Yvan Pommaux, les dessinateurs : des angles de vue originaux, des voitures des années 30 rutilantes, silencieuses, des crapules aux physiques complémentaires (Dominique Pinon/Gérard Darmon).
Le graphisme, nourri des années 50 met en scène de belles américaines, une pin-up peintes en trompe-l'oeil.

Le casting, intéressant, avec un rôle de héros tranquille idéal pour Richard Bohringer, dandy efficace, songeur dans un bain bleu.

Diva parle aussi d'amour et d'amitié. L'amour idolâtre d'un jeune homme ordinaire pour la musique lyrique et pour une diva. L'amour et la trahison sont par ailleurs liés.

L'amitié sauve finalement la situation.
Elle a la gouaille d'une jolie Chinoise faisant des huit sur rollers.

Selim A.

4 mai 2008


FLEURS DE MARIANNE



Midi, soleil chaud. Nous roulions dans la ville étale, traversant les localités franciliennes.
Par ce dimanche, une femme noire attendait le bus, à l'ombre d'un abri.


Une femme parée comme à Cotonou, d'un boubou froncé et vaste, coiffée d'un foulard assorti magnifiant son teint, l'ovale de son visage, le sombre attrait de sa pupille.


Plus loin, deux autres.

J'ai alors songé aux Alsaciennes, aux Bretonnes qui (ex-)portèrent leur costume régional autrefois.


Je me suis dit : il faut regarder ces femmes, il faut apprécier leur coquetterie; bientôt, il n'y aura plus de femmes ainsi vêtues, même le dimanche à midi, avant un repas de famille, même par un soleil chaud.

Les filles de ces femmes seront vêtues comme tout le monde : H et M, Zara, C et A.


Une silhouette en boubou à un arrêt de bus par un dimanche de printemps, c'est peut-être l'expression de la pauvreté et de l'immigration.
C'est aussi l'expression d'un monde qui change, d'une société qui assimile ses différences comme autant de richesses.

Et le boubou de l'abribus est l'une des plus jolies fleurs de Marianne.






UN ALLER-RETOUR POUR DES BEIGNETS-HARICOTS

Les murs des villes affichent une scène de petit-déjeuner insolite : une fillette poursuit sa nuit sur une tranche de pain de mie industriel. Tranche épaisse, moelleuse à souhait.

Les enfants sont il est vrai habitués en Europe à consommer des aliments mous : le pain de mie, le pain au lait, la brioche, le knacki, le hamburger, le kebab, le steak haché, le poisson pané, la purée en flocons, les bonbons gélifiés, les chewing-gums...
Les enfants ignorent presque l'arête, le nerf, la fibre.

Au Cameroun, des enfants se nourrissent encore dès le matin de beignets haricots.
Coup d'oeil dans la gamelle : les haricots rouges sont imprégnés d'une sauce à base de tomates, d'oignons, de piments (le chili sans carne si vous préférez).
Les beignets ne sont pas ces boules fourrées de confiture et saupoudrées de sucre glace, vendues un peu partout en France, notamment sur les plages.

Ce sont là des bouchées de pâte frite (levure de boulanger + eau tiède + sucre + farine) qui remplacent le pain.
Les commerçants chinois installés à Douala auraient industrialisé le marché, lequel a raréfié la présence des mamas makalas ou mamas beans, légendaires reines du petit déj' local. Ces Togolaises fournissaient à chaque coin de rue l'écolier comme le maître.

3 mai 2008

PENSIF

2 mai 2008

SOMMEIL
Le sommeil reste un mystère. Essentiel abandon, retraite salvatrice, solution de facilité si problème il y a, à condition que la mayonnaise prenne, bien sûr.
Je suis bien, j'ai couru toute la journée, j'ai sommeil.
Où suis-je quand tu dors ?

1 mai 2008

Clara

30 avr. 2008



7 JOURS !

Dernier jour d'avril : Le soleil flashe, le vent gifle la frondaison.
Un courrier vagabond arrive au bout de sept jours d'errance.
Il dit : "J'étais au fond d'un sac depuis longtemps déjà; j'attendais que l'on me voit, mais comme j'étais le plus petit, et qu'une faute avait écorché le nom auquel j'étais destiné, je doutais de mon propre devenir. A vrai dire, je craignais que l'on me perde totalement.
Au centre de tri, ils en avaient marre du boulot, de la cadence, de la pluie.
Alors ils ont vidé leur sac. On m'a finalement repéré, et je suis allé de case en case, jusqu'au chiffre 7. J'étais presque sauvé.
D'un geste ferme, on m'a serré entre une grande enveloppe de papier Kraft et la joue d'Edouard Baer du Télérama de la semaine à venir (Pas mal...).
Sur le vélo, j'ai fait le tour de la ville, sur des chants malgaches fredonnés par la postière.
Jusqu'à ce qu'elle me remette en main propre à mon destinataire.
J'avais tant brillé par mon absence, que l'on me regardait avec curiosité.
Des heures ont passé avant que l'on ne me lise".

29 avr. 2008


Amaa
Les Marquises



A NU, JE ME CACHE

Que voulez-vous que je montre de plus ?

Reflet dans une flaque fluorescente

A nu, je me cache.

28 avr. 2008


Paul

27 avr. 2008

severine H Séverine H.


J'ATTENDS UNE LETTRE

Une lettre qui déjà aurait dû tomber dans ma boîte.
Où est-elle passée ?
Cette lettre n'arrivera peut-être pas.
Etait-ce ?

Une lettre Ah
Une lettre Beh
Une lettre C'est
Une lettre Dès
Une lettre Euh
Une lettre Elfe
Une lettre Geai
Une lettre Hache
Une lettre Hie(r)
Une lettre J(ean)
Une lettre Cas
Une lettre Aile
Une lettre Hem
Une lettre Haine
Une lettre Oh
Une lettre Paix
Une lettre Qu'eut(-il dit)
Une lettre Air
Une lettre Est-ce
Une lettre Thé
Une lettre Hue
Une lettre Vais
Une lettre Double v (ie de Véronique)
Une lettre X... xs
Une lettre Grecque
Une lettre Z'aides

Greg