26 avr. 2008
"En été il y avait là une petite échoppe aux stores de couleur vive où elle aimait venir manger des tranches de pastèque et des sorbets roses".
Lawrence Durrell
Justine
Le Quatuor d'Alexandrie
24 avr. 2008
23 avr. 2008
SUR LA LIGNE 4

SUMMERTIME
Les voisins de Miss Glu entendent souvent au-dessous des standards de la musique américaine : Otis Redding chante My girl ou I've been loving you too long ou Satisfaction... Ou Marianne Faithfull et David Bowie interprètent I've got you babe.
Eux n'écoutent pas de musique. Pas le temps.
Miss Glu s'accroche à un autre classique : Summertime.
"Bon Dieu" s'étonne le voisin, "ils écoutent toujours la même chose, ceux-là. S'ils continuent, je vais descendre !".
Cette chanson est un paradoxe, par ses niveaux de lecture. Summertime est une berceuse, nourrie de quiétude. C'est une chanson optimiste, d'un registre aussi rose que What a wonderful world (Armstrong).
Summertime décrit une vie heureuse dans les champs de coton, avec du poisson à gogo, des parents à l'aise. Mais elle parle implicitement de la population ouvrière noire.Il existe plus de 200 versions de Summertime (sans compter celle que miss Glu fredonne dans son bain !). Le duo Louis Arstrong/Ella Fitzgerald en donne une interprétation assez tendue. Miles Davis joue l'air assez nerveusement.
Morcheeba en présente une interprétation plus sourde. Billie Holliday offre une orchestration dansante, presque sautillante. Charlie Parker est le seul à jouer clarté, fluidité et rythmique optimiste. Avec Chet Baker, le jazz est libre, pleine digression. Janis Joplin, de son style déjanté, révèle parfaitement la dualité de la chanson : berceuse certes, mais aussi mise en scène idéalisée, pour croire en des jours meilleurs ?
Summertime
And the living is easy
Fish are jumpin'
And the cotton is high
Your mama's rich
And your daddy's good lookin'
So hush little baby
Don't cry
One of these mornin's
You're gonna rise up singin'
You're gonna spread your wings
And fly to the sky
But 'til that moment
Nothin' can harm you
With your daddy and mummy
Standin' by
One of these mornin's
You're gonna rise up singin'
You're gonna spread your wings
And fly to the sky
But until then
Nothin' can harm you
With your daddy and mummy
Standin' by
With your mum and your dad
Standin' by
George Gershwin
Des bananes plantains ont été épluchées, coupées en longues lamelles épaisses sautées dans l'huile crépitante (plutôt olive que palme). Certaines, les plus mûres, ont caramélisé.
PLAIDOYER POUR UN TEMPS DE CHIEN
"Ah !" se dit Miss Glu, "les jours de pluie sont des jours si fréquents ici".
En semaine, si l'on travaille, on se dit, "Zut, aller affronter la pluie, quelle guigne !"
Le week-end, on se plaint : "Pouah ! Quel temps affreux, y fait même pas beau."
Soyons un moment honnête : ce temps de chien nous sied à merveille.
Surtout un lundi de Pâques.
Ce temps est idéal pour rester à l'intérieur, se prélasser ou s'occuper en regardant cette pluie frapper au carreau.
On pense à ceux qui, sortis, ont les pieds juteux,à ceux qui voient encore leur pépin se retourner sous l'effet d'une bourrasque.
On reçoit ses amis (Cléopatra est passée, la prunelle de jais brillante).
On les réchauffe.
Araldite a téléphoné.
Miss Glu est tout sucre tout miel.
Demain, boulot !
Fluide, elle glissera entre les automobiles collées les unes aux autres, sur son vélo, filera, esquivant les ralentissements.
Essoufflée, attendra au feu rouge, la respiration accélérée.
Le coeur cognera fort.
Elle n'ouvrira pas. Et repartira.
Pour l'heure, les voisins passent l'aspirateur, anticipant quelque poussière d'ennui.
Idée de Miss-Glu : elle offrira une boîte de poudre à éternuer à Monsieur-son-voisin-du-dessus bientôt.
Sourire malin...
PLAIDOYER POUR LES QUESTIONS SANS REPONSE
"Ce sont toujours les mêmes questions qui passent par la tête de Tereza depuis l'enfance. Car les questions vraiment graves ne sont que celles que peut formuler un enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse. Une question à laquelle il n'est pas de réponse est une barrière au-delà de laquelle il n'y a plus de chemins.Autrement dit : ce sont précisément les questions auxquelles il n'est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence".
Milan Kundera
L'insoutenable légèreté de l'être

PLAIDOYER POUR LE VULGAIRE
Cachée derrière ses dicos, Miss Glu ramasse quelques miettes de savoir. Elle a décidé de défendre la vulgarité !
"Longtemps, le vulgaire a désigné ce qui était banal, commun. Sans distinction.Vers 1800, le vulgaire a été assimilé au grossier, voire au bas".
Aujourd'hui, le vulgaire, c'est une façon de se comporter, de se présenter.Pour Miss Glu, le vulgaire, c'est aussi la condamnation même de la vulgarité.
Exemple, Chantal Thomass, interviewée par Yves Calvi : à la question, "Pourquoi vos jeunes mannequins n'ont-elles pas de poitrine?", la styliste se défend, puis admet, et conclut par cette phrase : "Présenter mes modèles sur des filles qui auraient des gros seins , ce serait too much, ce serait vulgaire".
Ahh ! Se dit Miss Glu, nous y voilà ! Pensée immédiate pour toutes les femmes qui écoutaient l'émission, et qui, maintenant le regard arrimé à l
eur décolleté, découvrent qu'elles sont vulgaires.
"Ben moi aussi je suis vulgaire alors !"...Miss Glu pense à toutes ses copines vulgaires, il y en a tant, elle ne l'aurait pas cru ! La concierge dans sa blouse bleue, avec son brave sourire : vulgaire. Mme C, professeur de français, douce avec ses lunettes cerclées d'or : vulgaire. Sonia, Dany, Pascale, Amélie, Jeannette,... Vulgaires. Toutes.
Ah, si ! Le temps d'une grossesse, certaines sont ponctuellement vulgaires.
Et comme elles sont fières de l'être ! Elles sont toutes heureuses de ce changement, et nous les trouvons superbes.
Miss Glu remarque : "Elles appellent ça être féminines et regrettent des mois, voire des années plus tard ce décolleté si joli."
On ne choisit pas, on accepte ce que l'on est : parfois spontanément, parfois cela met plus de temps.
Miss Glu rajuste son cache-coeur, pense à son corps d'enfant, et à ce que l'enfant projetait sur ce corps.
Elle pense à son corps de femme et imagine ce que sera son corps de vieille dame. Ce ne sera pas un corps de vieille enfant.
Elle en sourit.
Alors, Chantal Thomass : quand une femme achète une parure dans votre boutique, le tiroir-caisse n'a-t-il pas un tintement...un peu vulgaire ?
Château-Rouge. Descente de la rue Myrha. Chez les petits coiffeurs s’échappe la rumba congolaise. Surf décontracté de la tondeuse sur un crâne. Les gens attendent leur tour, assis en ligne, un peu comme dans une laverie automatique. Parfois, les cheveux à moitié tressés, une femme se lève et danse sur un air de soukouss. Discussions, rires forts, disputes, rigolades, mélanges de sonorités : gwé, mbué. Yenihé, nissamba avant que ne jaillissent des mots français : toi-même, Madame !
Rue Roulet, les voitures garées semblent sorties d’un stock-car. Au volant de l’une d’elles, au pare-chocs défoncé, un jeune homme attend, un minuscule nourrisson dans les bras.
Les vitrines des épiceries ne laissent pas passer un centimètre carré de lumière. Ce sont de constants placards ménagers, bourrés de bouteilles cabossées d’huile de palme, de produits capillaires miracle et de boîtes de pâte d’arachide, de sauce tomate et de Kub Maggi. La porte entrouverte d’une échoppe éclaire l’atelier du couturier. Front bleuté. Les sourcils froncés, les lèvres serrées retiennent quelques aiguilles, le regard demeure concentré sur l’ouvrage. Des bébés jouent au sol avec des chutes de wax.
Non loin, sur le boulevard Magenta, les bazars préparent le retour au pays : spatules, écumoires, réveils, savons parfumés, bigoudis, valises géantes, cadenas, lampes torches, sacs à provisions, paysages idylliques de Bohème. Devant la station de métro, des CRS en faction, marine et raides. La police sillonne le boulevard, jouant tantôt la discrétion, tantôt du klaxon, du coup de freins et du slalom. C’est pour le passant encore bleu le générique d’un Starsky & Hutch. Les Huggy les bons tuyaux sont probablement aux Becs salés, ou attablés non loin de l’angle des rues de Panama et des Poissonniers, des jumeaux sur les genoux.
22 avr. 2008
Miss Glu, le soir, remarque :"Elle est là derrière moi. Comme elle m'est nécessaire !".
Haute et baraquée, pleine à craquer. Elle a des rejets de part et d'autre, sous forme de piles instables. Ses pousses s'élancent comme de jeunes tiges dans différents endroits de la maison, essaimant jusqu'au travail, où quelques graines de savoir se cachent entre des usuels plus didactiques.
Qui est haute et baraquée ? la bibliothèque.
Oui, chez Miss Glu, les livres poussent de partout comme la mauvaise herbe. Ils siègent dans les bibus, sur les bureaux, commodes, chiffonniers, on en trouve sous les canapés, dans les armoires, non loin de la panière à fruits, partout.
Dans la bibliothèque, ils ne sont pas du genre à être au garde-à-vous, reliés de cuir et lustrés, dorés, statiques.Non, ils se baladent, penchent à gauche, ou à droite, jaunissent lentement au soleil du matin, deviennent duveteux de poussière, le tout part en douceur.
Cette apparente pagaille leur donne vie.
Mais comment naît une bibliothèque ? De la curiosité. De la soif d'ouvrir le livre, d'aller ailleurs.
Comment grandit une bibliothèque ? Petit à petit.
Dommage, les premiers livres de l'enfance sont rarement gardés jusqu'à l'âge adulte. Ainsi ai-je la nostalgie d'un album offert par mes grands-parents paternels : un livre fabuleux peuplé d'elfes nichés dans des lys aux corolles safranées. Ce livre a disparu de ma vie avant mes dix ans.Quelle en a été la raison, je l'ignore. Combien d'enfants bazardent sur les brocantes leurs premiers livres ! Empêchez les mômes de laisser partir leurs livres. Ils courront derrière tout le restant de leur vie !
La bibliothèque rassemble les livres que l'on nous offre, et que l'on va aimer pour le geste ou le contenu, ou les deux. Des livres que l'on a étudiés en classe, des livres que l'on a achetés, des livres que l'on nous avait prêtés, et que l'on cache entre deux volumes, un peu coupables.Ainsi se constitue lentement nos fonds.
Ici, Prévert et Queneau sont les voisins de Vian et de Perret, qui lui-même a retrouvé Brel et Brassens.
Plus haut, Kundera parle d'insoutenable légèreté de l'être. Cela tombe bien, Anaïs Nin serre contre son coeur ses journaux, tandis qu'Henry Miller, le magnifique, tente une plongée dans la vie nocturne. Auster tape à sa machine à écrire, tandis que Tournier montre ses clés et serrures.
Henry Miller revient avec son colosse de Maroussi, jubilatoire, hédoniste, et Lawrence Durrell, une étagère plus haut entretient leur correspondance, tout en éblouissant Miss Glu avec le quatuor d'Alexandrie.
Un bonhomme sourit : il a un borsalino, une cigarette au bec et son regard est plus vif que l'argent : Cendrars, le poète, nous emmène au bout du monde. Plus bas, Duras s'étale comme une chatte sur un édredon : des livres et des livres, un amant de la Chine du Nord et Ecrire, toujours écrire.
Non loin, Mongo Beti raconte les vicissitudes d'un pays colonisé, du pauvre christ de Bomba, tandis que Gaston Kelman lance un clin d'oeil amical. Gaston-Paul Effa chante sa mère, Alain Mabanckou a la plume pleine de verre cassé. Frantz Fanon parle d'identité noire. Calixte Beyala se fait les ongles. Manu Dibango a lâché le saxo et raconte sa vie. Pennac, au bonheur des ogres, rigole tout bas.
Les affinités se font toutes seules dans la bibliothèque.
Tout est boucle.
Les blibliothèques révèlent l'intériorité de leurs lecteurs.
21 avr. 2008
SMOKE... IN YOUR EYES

















