19 mai 2008

MAURO

18 mai 2008

RIRES

Et oui, je ris quand je me brûle !
Et là je brûle !!

DOUBLE VIE DE VERONIQUE



Ce soir, nous avons revu La Double vie de Véronique.

Avec Irène Jacob, Philippe Volter.

Film de Kieslowski, primé à Cannes.
Musique essentielle de Preisner.


Années 90, tout début.

Cracovie, Clermont-Ferrand, Paris Saint-Lazare.

Deux filles, deux voix, deux pères, deux absences de mère.

Deux marionnettes.

La musique impressionnante, la beauté fraîche d'Irène Jacob, le visage fin et soucieux de Volter.

Les luminosités typiques, le jeu de la caméra.

Pas envie de faire des phrases

Pas envie.

16 mai 2008

VOLUTE BLEUE

15 mai 2008

ESTHER

Il fait noir, il fait nuit, une pluie d'orage crépite sur le pavé, sur l'herbe fine, sur les plants de tomates.
La terre chaude prend une raclée
ça sent bon.
La pluie redouble d'intensité, la terre s'effrite,
les géraniums perdent des pétales.
Il serait raisonnable de fermer les stores.
Au loin l'orage gronde.

HENRY MILLER


Dans le Voyage du Condottière, André Suarès part d'un postulat : si l'on peut tomber fou amoureux d'un être, alors, on peut aimer aussi intensément une ville.
Le Condottière est donc en quête d'une ville, traverse l'Italie et finit par rencontrer Sienne la bien-aimée.

Il n'est pas question de Suarès ici, je sais bien.
Mais d'Henry Miller.
La vie nous fait croiser des êtres, et certaines rencontres sont marquantes.
Etres de chair, êtres d'encre et de papier.

C'est ainsi qu'Henry Miller a pris place dans ma vie.
Cela a commencé comment cette histoire ?
A vrai dire, je crois que des amis me l'ont présenté :
il y avait Cendrars et Durrell, et Anais Nin.
Trois amis de bon conseil.


J'ai été bluffée par la liberté du bonhomme, par l'écriture foisonnante.
Parfois j'en ai eu assez de lui, tant il allait loin.
Mais invariablement je reprenais le fil de ses narrations.

J'ai à cet instant sous les yeux Max et les phagocytes, paru aux Editions du chêne en 1947. C'est un ensemble de nouvelles (dont Via Dieppe-Newhaven, paru depuis en poche dans l'Oeil qui voyage).
Allez, un passage pris au hasard restitue la pensée de Miller (Fragments de la crucifixion en rose) :
"Aller de l'avant en se cramponnant au passé, c'est traîner avec soi les boulets du forçat. Le prisonnier n'est pas celui qui a commis un crime, mais celui qui se cramponne à son crime et ne cesse de le revivre. Il n'est pas un de nous qui ne soit coupable d'un crime : celui, énorme, de ne pas vivre pleinement la vie".

14 mai 2008

LES TRACES DU PASSE ESCLAVAGISTE

On commémorait le 10 mai dernier les 160 ans de l'abolition de l'esclavage.

J'avais distribué quelques flyers pour inciter des proches à participer à la marche des libertés.

Auprès de gens de partout, que les préjugés dérangent, et qui luttent contre eux-mêmes parfois pour les remettre en cause.
Parmi ceux-ci, une collègue martiniquaise fut informée de l'événement.


Il y a deux jours de cela, elle me croise, et m'explique qu'elle n'était pas venue manifester, alors que des amis à elle jouaient du tambour dans le cortège," pour fêter l'anniversaire de mai 68".
Je lui évoque tout l'intérêt de la marche des libertés, elle me remet cela :"Ah, oui, pour les 40 ans de mai 68, j'aurais pu y aller, mais j'étais fatiguée, il faisait chaud".

Faut-il qu'il y ait encore de la douleur au fond de chaque descendant d'esclave pour que la marche des libertés soit interprétée par certains comme une commémoration de mai 68.

13 mai 2008

ARNAUD

12 mai 2008

PAULA T.

11 mai 2008

LA MARCHE DES LIBERTES

Le 10 mai, on commémorait l'abolition de l'esclavage entre République et Bastille.

C'était l'occasion de parler de la place des Francais en France.
(Au comptoir de Marianne, une simple goutte de café dans votre lait, et votre consommation peut devenir un p'tit noir).

Les Français étaient donc dans la rue, scandant des messages appelant à l'égalité entre tous, à la fraternité, puisque la liberté était acquise depuis 160 ans, dans les textes.

Un peuple bigarré, des spectateurs se joignant au cortège.
Des bébés en poussette, des pépé (et mémée) en goguette.
Des amants aux fenêtres,
des chants antillais et des cauris entrechoqués contre des calebasses.

Place de la Bastille, onze anneaux humains autour du génie, symbolisaient des chaînes encore à rompre.

Rompez !





7 mai 2008

VACANCES !

TU N'AS PAS CHAUD AVEC CE PULL ?

LES BORDS DE LA VONNE

Parfois la mémoire superpose au quotidien des images récurrentes.

Ce matin - est-ce grâce au soleil, à la douceur de ce mois de mai, à l'activité même qui occupe mes journées - un souvenir s'est imposé à moi, passant devant les yeux l'air de rien, et repassant encore, avec une insistance insolente.

J'ai pensé : "Ma mémoire crie, ma mémoire parle de ce coin de campagne".

Voyez les dernières habitations d'un village de l'Ouest. Une route étroite surplombe la vallée au fond de laquelle coule la Vonne.

Au bout de ce chemin, un petit sentier descend abruptement jusqu'à la rivière.
Des noisetiers apportent l'ombre, des souches ralentissent le pas.
Au bas, la terre tendre et brune est relayée par des pierres brutes irrégulières. Le temps du passage, le promeneur semble jouer à la marelle ici.

L'eau à l'oreille.

Un pont moussu, taché de lichen enjambe la rivière.
L'hiver, l'eau est jaunâtre, mousseuse, charriée avec force.
L'été, quand l'eau vient à manquer, les demoiselles en animent la surface.

Les verts sont plus ternes qu'en mai, le soleil est plus doré.
Passé le pont, une côte abrupte attend le promeneur saoul de lumière, repu de sensations.

Des poules en liberté montrent le chemin en toute anarchie, commentant de leurs gloussements leurs affolements intérieurs.

Des chênes et des châtaigniers bordent la route de ce paysage bocager.
Au loin, le bourg se profile :
"Un p'tit village,
un vieux clocher,
un paysage si bien caché,
et dans un nuage,
le cher visage de mon passé.
De mon passé".
(Charles Trenet)

6 mai 2008

Sarah F.

Dessiner sur des post-it

A ceux qui me conseillent d'essayer la peinture à l'huile, je les remercie mais je balaie l'idée.
Sa noblesse, son train de sénateur au séchage, son prestige sont aux antipodes de mes intentions.

Le post-it est un dessin de rien, une esquisse tracée en attendant l'info au téléphone, une récréation entre deux gros dossiers.
C'est aussi un petit format imposé avec ses teintes flashy ou pastel.

Derrière, on doit se débrouiller avec, à coups de stabilos fluos, de stylo bleu ou noir, de criterium. Le post-it se marie bien avec le web, qui le magnifie.

5 mai 2008

Portrait d'une gauchère (plus du tout) contrariée

Revoir Diva

J'ai récemment revu Diva, de Jean-Jacques Beineix.

L'histoire d'un facteur fou de lyrique, fan d'une diva, devenant la cible de tueurs impitoyables.

Ultra moderne à sa sortie, le film des années 80 a forcément pris un petit coup de vieux.
Qu'en reste-t-il ?

La débauche chromatique: trois couleurs rythment la narration. Le jaune, celui de la Poste et des panneaux urbains; le rouge, de la bécane volée et du sang, le bleu de l'eau et du ciel, libérateur. De plus le fluo a la part belle dans le film : les néons, le flipper, la déco.

L'esthétique rappelant l'univers de Loustal et d'Yvan Pommaux, les dessinateurs : des angles de vue originaux, des voitures des années 30 rutilantes, silencieuses, des crapules aux physiques complémentaires (Dominique Pinon/Gérard Darmon).
Le graphisme, nourri des années 50 met en scène de belles américaines, une pin-up peintes en trompe-l'oeil.

Le casting, intéressant, avec un rôle de héros tranquille idéal pour Richard Bohringer, dandy efficace, songeur dans un bain bleu.

Diva parle aussi d'amour et d'amitié. L'amour idolâtre d'un jeune homme ordinaire pour la musique lyrique et pour une diva. L'amour et la trahison sont par ailleurs liés.

L'amitié sauve finalement la situation.
Elle a la gouaille d'une jolie Chinoise faisant des huit sur rollers.

Selim A.

4 mai 2008


FLEURS DE MARIANNE



Midi, soleil chaud. Nous roulions dans la ville étale, traversant les localités franciliennes.
Par ce dimanche, une femme noire attendait le bus, à l'ombre d'un abri.


Une femme parée comme à Cotonou, d'un boubou froncé et vaste, coiffée d'un foulard assorti magnifiant son teint, l'ovale de son visage, le sombre attrait de sa pupille.


Plus loin, deux autres.

J'ai alors songé aux Alsaciennes, aux Bretonnes qui (ex-)portèrent leur costume régional autrefois.


Je me suis dit : il faut regarder ces femmes, il faut apprécier leur coquetterie; bientôt, il n'y aura plus de femmes ainsi vêtues, même le dimanche à midi, avant un repas de famille, même par un soleil chaud.

Les filles de ces femmes seront vêtues comme tout le monde : H et M, Zara, C et A.


Une silhouette en boubou à un arrêt de bus par un dimanche de printemps, c'est peut-être l'expression de la pauvreté et de l'immigration.
C'est aussi l'expression d'un monde qui change, d'une société qui assimile ses différences comme autant de richesses.

Et le boubou de l'abribus est l'une des plus jolies fleurs de Marianne.






UN ALLER-RETOUR POUR DES BEIGNETS-HARICOTS

Les murs des villes affichent une scène de petit-déjeuner insolite : une fillette poursuit sa nuit sur une tranche de pain de mie industriel. Tranche épaisse, moelleuse à souhait.

Les enfants sont il est vrai habitués en Europe à consommer des aliments mous : le pain de mie, le pain au lait, la brioche, le knacki, le hamburger, le kebab, le steak haché, le poisson pané, la purée en flocons, les bonbons gélifiés, les chewing-gums...
Les enfants ignorent presque l'arête, le nerf, la fibre.

Au Cameroun, des enfants se nourrissent encore dès le matin de beignets haricots.
Coup d'oeil dans la gamelle : les haricots rouges sont imprégnés d'une sauce à base de tomates, d'oignons, de piments (le chili sans carne si vous préférez).
Les beignets ne sont pas ces boules fourrées de confiture et saupoudrées de sucre glace, vendues un peu partout en France, notamment sur les plages.

Ce sont là des bouchées de pâte frite (levure de boulanger + eau tiède + sucre + farine) qui remplacent le pain.
Les commerçants chinois installés à Douala auraient industrialisé le marché, lequel a raréfié la présence des mamas makalas ou mamas beans, légendaires reines du petit déj' local. Ces Togolaises fournissaient à chaque coin de rue l'écolier comme le maître.

3 mai 2008

PENSIF

2 mai 2008

SOMMEIL
Le sommeil reste un mystère. Essentiel abandon, retraite salvatrice, solution de facilité si problème il y a, à condition que la mayonnaise prenne, bien sûr.
Je suis bien, j'ai couru toute la journée, j'ai sommeil.
Où suis-je quand tu dors ?

1 mai 2008

Clara

30 avr. 2008



7 JOURS !

Dernier jour d'avril : Le soleil flashe, le vent gifle la frondaison.
Un courrier vagabond arrive au bout de sept jours d'errance.
Il dit : "J'étais au fond d'un sac depuis longtemps déjà; j'attendais que l'on me voit, mais comme j'étais le plus petit, et qu'une faute avait écorché le nom auquel j'étais destiné, je doutais de mon propre devenir. A vrai dire, je craignais que l'on me perde totalement.
Au centre de tri, ils en avaient marre du boulot, de la cadence, de la pluie.
Alors ils ont vidé leur sac. On m'a finalement repéré, et je suis allé de case en case, jusqu'au chiffre 7. J'étais presque sauvé.
D'un geste ferme, on m'a serré entre une grande enveloppe de papier Kraft et la joue d'Edouard Baer du Télérama de la semaine à venir (Pas mal...).
Sur le vélo, j'ai fait le tour de la ville, sur des chants malgaches fredonnés par la postière.
Jusqu'à ce qu'elle me remette en main propre à mon destinataire.
J'avais tant brillé par mon absence, que l'on me regardait avec curiosité.
Des heures ont passé avant que l'on ne me lise".

29 avr. 2008


Amaa
Les Marquises



A NU, JE ME CACHE

Que voulez-vous que je montre de plus ?

Reflet dans une flaque fluorescente

A nu, je me cache.

28 avr. 2008


Paul

27 avr. 2008

severine H Séverine H.


J'ATTENDS UNE LETTRE

Une lettre qui déjà aurait dû tomber dans ma boîte.
Où est-elle passée ?
Cette lettre n'arrivera peut-être pas.
Etait-ce ?

Une lettre Ah
Une lettre Beh
Une lettre C'est
Une lettre Dès
Une lettre Euh
Une lettre Elfe
Une lettre Geai
Une lettre Hache
Une lettre Hie(r)
Une lettre J(ean)
Une lettre Cas
Une lettre Aile
Une lettre Hem
Une lettre Haine
Une lettre Oh
Une lettre Paix
Une lettre Qu'eut(-il dit)
Une lettre Air
Une lettre Est-ce
Une lettre Thé
Une lettre Hue
Une lettre Vais
Une lettre Double v (ie de Véronique)
Une lettre X... xs
Une lettre Grecque
Une lettre Z'aides

Greg

26 avr. 2008

BIEN SOUVENT JE PENSE AUX LIEUX INTERDITS

interdits ou perdus.

Parce qu'ils appartiennent à une autre époque, et à d'autres gens, des gens que l'on ne connaît pas, et qui ne savent rien de ce que nous avons aimé là.

Ainsi, bien souvent je pense à un champ.
Un champ bocager, en pente légère.
C'était le jardin au bout du jardin.

Devant la maison, il y avait des roses de toutes sortes, des iris, des tulipes, des géraniums en pots sur les marches de l'escalier, sur la murette où des lézards couraient. Des parterres entretenus soigneusement; un petit angle de ce jardin-là réservait des fraises des bois. Pour moi.
A cet endroit, le sol était recouvert de dalles cimentées dans lesquelles des coquillages de l'Atlantique avaient été fixés.

Le long de la maison, de la vigne sulfatée marquait le mur de bleu.
Une collection de fuchsias.

Derrière la maison, il y avait un large tilleul, un peuplier dont les racines émergeaient de l'herbe fine et crue.

Une serre recueillant un bazar de jardiniers aguerris avait un carreau de cassé.
Des sapins de Noël , comme les enfants de la maison, avaient trop vite grandi.
Avant l'orage le vent battait la toile des chaises longues.
Des cerisiers formaient une limite à ce jardin d'agrément.
En juin, nous siégions sur les escabeaux restés au pied des arbres. Batailles de noyaux, voix éraillée par le jus acide des bigarreaux.
Tout près, groseilles et cassis poursuivaient leur lente maturation.


Derrière cette haie de cerisiers, s'étendait le jardin potager, traversé en son milieu par une petite allée cimentée légèrement en pente.
C'était une alternance perpétuelle de cultures selon les saisons : poireaux, carottes, fraises, pommes de terre, jet d'eau pschpschpsch,glaïeuls, haricots verts, flageolets, petits pois, pâtissons, tomates, dahlias, groseilles à maquereaux, maïs, jet d'eau pschpschpschpsch, framboises, choux...

Des poiriers et des pruniers donnaient de l'ombre par endroits.

Plus bas encore se profilaient les toits à lapins. Recouverts de lianes légères de fleurs sauvages blanches, aux beaux jours. Un petit champ de luzerne s'offrait à la vue grillagée des lagomorphes.
En été, chaque cage avait son rideau de fortune, découpé dans de vieux vichys parme bleu ou noir. Un rang de fleurs d'artichaut captait l'attention par leur bizarrerie.

Des mirabelles mûrissaient sur un jeune arbre, au milieu de la luzerne.
Le tas de fumier s'affaissait contre la haie. Non loin, le poulailler faisait son boucan.
En contrebas, le hangar réservait d'autres clapiers, des cachettes pour jeune mère chatte, des piquets imprégnés de drogue turquoise.
Un figuier enchantait nos passages à l'automne.

Une vieille haie semblait freiner notre découverte.
Mais près de l'arbre à fusain et du néflier, une étroite barrière grinçante accédait au champ.


C'était un champ en pente douce, bocager, qui aurait pu accueillir des animaux en pacage.
Quelques vieux pommiers y avaient été oubliés. Leurs fruits nourrissaient les hommes et les bêtes. A l'un d'eux, une balançoire avait été accrochée à une branche. Nous en abusions.
Tout en bas du champ, la jungle d'un noyer rompu de fatigue apportait une ombre verte, sous laquelle nous avions improvisé un goûter.
Cet endroit était le jardin au bout du jardin, l'endroit le plus naturel. Ma grand-mère aimait en faire le tour, c'était une promenade pour elle, après les travaux de la journée. Ce champ fournissait le foin nécessaire aux bêtes, le reste allait au paysan qui venait faire les bottes.

Au fond du champ, une haie épaisse occultait tout accès au chemin vicinal qui le longeait.On entendait faiblement de l'eau ruisseler.

Je n'ai pas le coeur à revenir là-bas, à emprunter le chemin vicinal, reconnaître à l'oreille le ru et ses cailloux si près.

Tenter de voir au travers de la haie si tout est ...

EXTRAIT

"En été il y avait là une petite échoppe aux stores de couleur vive où elle aimait venir manger des tranches de pastèque et des sorbets roses".
Lawrence Durrell
Justine
Le Quatuor d'Alexandrie

24 avr. 2008


PRINTEMPS BRUMEUX
Aujourd'hui, tout au bout de l'ïle de la Jatte, était assise une personne. Elle balançait mollement les jambes dans le vide. Devait contempler le mouvement des vaguelettes, le passage des péniches, des hélicos.
J'imagine que de là le trafic routier devait être assourdi.

Non loin, deux hommes mimaient un duel, sans épées. Gestes gracieux.
Le ciel était gris, l'eau très intense jaune et verte à la fois.

Une légère brume gommait les détails du paysage.

Moi miss Glu, j'avançais sur le pont à vélo.

Pourquoi m'appelais-je ainsi, moi, si souvent solitaire ?


23 avr. 2008

Gérard ?


SUR LA LIGNE 4


Depuis la gare du Nord, Miss Glu prend la ligne 4, direction Porte de Clignancourt. Et descend à Barbès-Rochechouart.

De là il faut émerger, sortir au compte-gouttes. Lire les mots distribués en montant le boulevard Magenta : un jeu. Marabouts. "Docteur Samba ramène l'être aimé problèmes d'argent résolus".


Voilà Tati et Toto dépassés.Des robes de mariée débordent des vitrines.

La mosquée de la rue des Poissonniers est vide. Pas encore de foule recueillie jusqu'au trottoir à cette heure.


Ca monte. Boulangeries claires, pâtisseries extravagantes d'orient.


Descente douce. Alignement de boutiques d'alimentation exotiquegénéralement tenues par des Asiatiques.

Jaune les plantains



Rouge les piments


Brun les ignames


Vert les gombos



Du monde : des boubous éclatants sur le trottoir, des papas missionnés, des aînés sérieux comme des diplomates, des bébés chouineurs. Des bébés gavés de chips de plantains.


A poste transitoire, des commerces illégaux : la vente à la sauvette de safous, épis de maïs, mangues vertes.



Régals à venir.

SUMMERTIME
Les voisins de Miss Glu entendent souvent au-dessous des standards de la musique américaine : Otis Redding chante My girl ou I've been loving you too long ou Satisfaction... Ou Marianne Faithfull et David Bowie interprètent I've got you babe.

Eux n'écoutent pas de musique. Pas le temps.

Miss Glu s'accroche à un autre classique : Summertime.
"Bon Dieu" s'étonne le voisin, "ils écoutent toujours la même chose, ceux-là. S'ils continuent, je vais descendre !".
Cette chanson est un paradoxe, par ses niveaux de lecture. Summertime est une berceuse, nourrie de quiétude. C'est une chanson optimiste, d'un registre aussi rose que What a wonderful world (Armstrong).
Summertime décrit une vie heureuse dans les champs de coton, avec du poisson à gogo, des parents à l'aise. Mais elle parle implicitement de la population ouvrière noire.Il existe plus de 200 versions de Summertime (sans compter celle que miss Glu fredonne dans son bain !). Le duo Louis Arstrong/Ella Fitzgerald en donne une interprétation assez tendue. Miles Davis joue l'air assez nerveusement.
Morcheeba en présente une interprétation plus sourde. Billie Holliday offre une orchestration dansante, presque sautillante. Charlie Parker est le seul à jouer clarté, fluidité et rythmique optimiste. Avec Chet Baker, le jazz est libre, pleine digression. Janis Joplin, de son style déjanté, révèle parfaitement la dualité de la chanson : berceuse certes, mais aussi mise en scène idéalisée, pour croire en des jours meilleurs ?

Summertime
And the living is easy
Fish are jumpin'
And the cotton is high
Your mama's rich
And your daddy's good lookin'
So hush little baby
Don't cry
One of these mornin's
You're gonna rise up singin'
You're gonna spread your wings
And fly to the sky
But 'til that moment
Nothin' can harm you
With your daddy and mummy
Standin' by
One of these mornin's
You're gonna rise up singin'
You're gonna spread your wings
And fly to the sky
But until then
Nothin' can harm you
With your daddy and mummy
Standin' by
With your mum and your dad
Standin' by

George Gershwin




SAFOUS ET PLANTAINS


Au fond du sac noir, les safous, fruits oblongs, sont vernissés, violet bleu marine violet clair rose à beige.

On les place dans le four. 200 degrés, sur une grille.

Quand un fil jaune fend leur sombre carapace,vite vite vitese brûler les doigts pour les sortir de là.Ils n'ont plus rien à y faire.
Des bananes plantains ont été épluchées, coupées en longues lamelles épaisses sautées dans l'huile crépitante (plutôt olive que palme). Certaines, les plus mûres, ont caramélisé.

Un riz attend.
Les safous cuites ont perdu leur éclat. Du bout des doigts on tire leur peau ternie, une chair jaune fluo ou vert jaune suit. Une peau légèrement craquante, la chair est fibreuse, farineuse, chaude. La saveur est acide, plus ou moins, avec un arrière-goût doux étonnant.

Les dents n'attaquent le fruit que par des feintes délicates car un noyau mou bosselé affleure.
Si on l'ouvre, des graines par paquets ordonnées donnent un instant le regret d'avoir fait cuire tous les fruits.
Qui sait ? Si cela poussait ici ?

PLAIDOYER POUR UN TEMPS DE CHIEN
"Ah !" se dit Miss Glu, "les jours de pluie sont des jours si fréquents ici".
En semaine, si l'on travaille, on se dit, "Zut, aller affronter la pluie, quelle guigne !"
Le week-end, on se plaint : "Pouah ! Quel temps affreux, y fait même pas beau."

Soyons un moment honnête : ce temps de chien nous sied à merveille.
Surtout un lundi de Pâques.
Ce temps est idéal pour rester à l'intérieur, se prélasser ou s'occuper en regardant cette pluie frapper au carreau.
On pense à ceux qui, sortis, ont les pieds juteux,à ceux qui voient encore leur pépin se retourner sous l'effet d'une bourrasque.
On reçoit ses amis (Cléopatra est passée, la prunelle de jais brillante).
On les réchauffe.
Araldite a téléphoné.
Miss Glu est tout sucre tout miel.
Demain, boulot !
Fluide, elle glissera entre les automobiles collées les unes aux autres, sur son vélo, filera, esquivant les ralentissements.
Essoufflée, attendra au feu rouge, la respiration accélérée.
Le coeur cognera fort.
Elle n'ouvrira pas. Et repartira.
Pour l'heure, les voisins passent l'aspirateur, anticipant quelque poussière d'ennui.
Idée de Miss-Glu : elle offrira une boîte de poudre à éternuer à Monsieur-son-voisin-du-dessus bientôt.
Sourire malin...

PLAIDOYER POUR LES QUESTIONS SANS REPONSE

"Ce sont toujours les mêmes questions qui passent par la tête de Tereza depuis l'enfance. Car les questions vraiment graves ne sont que celles que peut formuler un enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse. Une question à laquelle il n'est pas de réponse est une barrière au-delà de laquelle il n'y a plus de chemins.Autrement dit : ce sont précisément les questions auxquelles il n'est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence".

Milan Kundera
L'insoutenable légèreté de l'être



PLAIDOYER POUR LE VULGAIRE




Cachée derrière ses dicos, Miss Glu ramasse quelques miettes de savoir. Elle a décidé de défendre la vulgarité !


"Longtemps, le vulgaire a désigné ce qui était banal, commun. Sans distinction.Vers 1800, le vulgaire a été assimilé au grossier, voire au bas".


Aujourd'hui, le vulgaire, c'est une façon de se comporter, de se présenter.Pour Miss Glu, le vulgaire, c'est aussi la condamnation même de la vulgarité.

Exemple, Chantal Thomass, interviewée par Yves Calvi : à la question, "Pourquoi vos jeunes mannequins n'ont-elles pas de poitrine?", la styliste se défend, puis admet, et conclut par cette phrase : "Présenter mes modèles sur des filles qui auraient des gros seins , ce serait too much, ce serait vulgaire".

Ahh ! Se dit Miss Glu, nous y voilà ! Pensée immédiate pour toutes les femmes qui écoutaient l'émission, et qui, maintenant le regard arrimé à leur décolleté, découvrent qu'elles sont vulgaires.
"Ben moi aussi je suis vulgaire alors !"...Miss Glu pense à toutes ses copines vulgaires, il y en a tant, elle ne l'aurait pas cru ! La concierge dans sa blouse bleue, avec son brave sourire : vulgaire. Mme C, professeur de français, douce avec ses lunettes cerclées d'or : vulgaire. Sonia, Dany, Pascale, Amélie, Jeannette,... Vulgaires. Toutes.

Et puis Miss Glu pense à toutes les autres, celles qui peuvent courir après le bus sans que rien ne bouge : pas vulgaires.
Ah, si ! Le temps d'une grossesse, certaines sont ponctuellement vulgaires.

Et comme elles sont fières de l'être ! Elles sont toutes heureuses de ce changement, et nous les trouvons superbes.
Miss Glu remarque : "Elles appellent ça être féminines et regrettent des mois, voire des années plus tard ce décolleté si joli."

On ne choisit pas, on accepte ce que l'on est : parfois spontanément, parfois cela met plus de temps.

Miss Glu rajuste son cache-coeur, pense à son corps d'enfant, et à ce que l'enfant projetait sur ce corps.
Elle pense à son corps de femme et imagine ce que sera son corps de vieille dame. Ce ne sera pas un corps de vieille enfant.
Elle en sourit.
Alors, Chantal Thomass : quand une femme achète une parure dans votre boutique, le tiroir-caisse n'a-t-il pas un tintement...un peu vulgaire ?


PLAIDOYER POUR LA SIESTE


Ca y est, ça ne rate pas. C'est dimanche, c'est le début de l'après-midi et la sieste est fichue !Fichue, parce que ces satanés voisins du dessus, polyallergiques, font la chasse à la poussière post-prandiale... Et que je lance l'aspi, et que je le stoppe, confinant les autres locataires dans le plus petit espoir que c'est enfin fini.
Hélas.
Et que ça redémarre, ça couine du côté des roulettes, ça grince un peu, ça choque les meubles, ça empoisonne...
Miss Glu avait pourtant pris sa pose préférée, lovée dans une pénombre que la jalousie forçait. RATE !GRRR...
Ces voisins sont impossibles.

Quand ils ne s'étripent pas le soir à table, ils passent l'aspirateur, jouant avec le on et le off, une heure durant.

Vers 11 heures, avant le repas dominical,Miss Glu entend l'aspirateur démarrer, malgré la musique qui remplit sa maison. Et peu de temps après, Monsieur le voisin est éjecté par Madame ("Dehors, poussière !").

Voyez-le passer, dans le jardin commun d'une démarche usée.Il a son petit chariot à roulettes, sa liste de commissions, et cahin-caha, file à Atac. Et après le déjeuner, ça recommence.

La sieste ?

Ils ne la connaissent pas, bourrés qu'ils sont le soir du cocktail anxiolytique national : les confettis solubles de la fête de l'oubli.
Et ils s'endorment devant la télé et se réveillent avec. Car dormir juste pour rire, pour du beurre, d'eux-mêmes, ils ne savent plus...

Mais pourtant, s'interroge Miss Glu : La sieste, ce merveilleux détachement, cet abandon qui requinque, qui permet la nuit suivante de vivre des étreintes nyctalopes, pourquoi la bouder ?Lancer un mouvement pour la sieste au travail : 30 minutes.

Voilà qui serait bénéfique...Miss Glu bâille.

A plus taaarrd...


MON AMI GOMBO

Une pluie de gombos ? Cuits, cela ferait un beau verglas !
Quoi de plus insolite que ces petits légumes ? Ces cornets bien clos, tendres sous le pouce, réservent des petites graines blanches enduites d'une pellicule glissante. Pour un effet très réussi, il vaut mieux le choisir bien frais, en évitant les côtes durcies. Le préparer en lamelles assez fines, le cuisiner avec des oignons, des tomates, du piment. Ou autrement. De Cuba à Quito, de Rio à Douala en passant par Cotonou, le gombo est populaire. Sa seule évocation fait briller les yeux des connaisseurs. Enrobant une boule de foufou, le gombo enchante les sens. C'est rond, chaud, et c'est un express dans la bouche, fondant et coulant de lui-même, ravissant les amertumes de la vie, jusqu'à la dernière cuillérée.


LE SAXO DE MANU DIBANGO


Il y a quelques années, Manu Dibango était promu ambassadeur de l'Unesco.
C'était une fin d'après-midi d'été et je faisais partie des journalistes présents.
Manu Dibango était comme à son habitude, sympathique, simple et souriant. Eternelle élégance du bonhomme.
Et moi, je me cachais derrière mon reflex, toute intimidée, flashant flashant flashant flashant, incapable d'entamer une conversation avec l'artiste.
Nous étions cinq ou six à griller de la pellicule, et lui, ne devait pas être dupe de l'effet qu'il produisait sur nous !Nous étions tous babas.
Que le jour soit terne, ou l'humeur, que le quotidien soit cloué de tracas ou qu'il y ait des élans d'allegresse, le saxo de Manu Dibango a toujours sa place dans nos vies.
Sun Explosion file de sacrées fourmis dans les jambes, Ambiance tropica donne la pêche, Aloko party nous fait bientôt siroter un ginger chez Marcel et partager un ndolé mixte.

Eseka girl 3


CHATEAU ROUGE


Quand l’ailleurs me manque, et que de toute façon, je ne partirai pas, je fuis Saint Lazare, remonte Place Clichy, grimpe la côte surplombant le cimetière Montmartre. J’oblique ensuite sur le quartier faussement populaire de la rue Lepic, contourne les contreforts du Sacré-Cœur et débouche sur les hauts de Barbès.
Château-Rouge. Descente de la rue Myrha. Chez les petits coiffeurs s’échappe la rumba congolaise. Surf décontracté de la tondeuse sur un crâne. Les gens attendent leur tour, assis en ligne, un peu comme dans une laverie automatique. Parfois, les cheveux à moitié tressés, une femme se lève et danse sur un air de soukouss. Discussions, rires forts, disputes, rigolades, mélanges de sonorités : gwé, mbué. Yenihé, nissamba avant que ne jaillissent des mots français : toi-même, Madame !
Rue Roulet, les voitures garées semblent sorties d’un stock-car. Au volant de l’une d’elles, au pare-chocs défoncé, un jeune homme attend, un minuscule nourrisson dans les bras.


Les vitrines des épiceries ne laissent pas passer un centimètre carré de lumière. Ce sont de constants placards ménagers, bourrés de bouteilles cabossées d’huile de palme, de produits capillaires miracle et de boîtes de pâte d’arachide, de sauce tomate et de Kub Maggi. La porte entrouverte d’une échoppe éclaire l’atelier du couturier. Front bleuté. Les sourcils froncés, les lèvres serrées retiennent quelques aiguilles, le regard demeure concentré sur l’ouvrage. Des bébés jouent au sol avec des chutes de wax.


Non loin, sur le boulevard Magenta, les bazars préparent le retour au pays : spatules, écumoires, réveils, savons parfumés, bigoudis, valises géantes, cadenas, lampes torches, sacs à provisions, paysages idylliques de Bohème. Devant la station de métro, des CRS en faction, marine et raides. La police sillonne le boulevard, jouant tantôt la discrétion, tantôt du klaxon, du coup de freins et du slalom. C’est pour le passant encore bleu le générique d’un Starsky & Hutch. Les Huggy les bons tuyaux sont probablement aux Becs salés, ou attablés non loin de l’angle des rues de Panama et des Poissonniers, des jumeaux sur les genoux.

Des capotes angolaises suivent dans le caniveau en crue les épluchures d’un avocat véreux. L’amour du risque a le rond visage des adolescentes fardées : dix euros la passe au fond d’un café.

Le marché. Là, je prends, selon la saison, des litchies ou des mirabelles à un maraîcher très enjoué. Puis les froufrous des boubous me charrient au pied des étals de plantains, manioc, macabos, citrons verts, paniers d’herbes. J’en repars, chargée; et je m’enfonce dans le métro graisseux, grignotant un épi de maïs, suçant une mangue ou heurtant ma bouche à l’âpreté d’une noix de cola.



L'AVENTURE DU NDOLE


Quand on aime un plat, que ce plat s'impose comme l'un des meilleurs, il faut vite en connaître la recette. C'est ainsi que le ndolé est devenu une préoccupation.

Au même titre que la merveilleuse purée de pommes de terre que servait ma grand-mère autrefois. Des kilos de pommes de terre, des années ont été nécessaires pour s'approcher au mieux de ce que la mémoire gustative avait fixé.

Revenons au ndolé.
C'est une base de feuilles abondamment lavées, dont les nervures les plus épaisses doivent être ôtées, ciselées finement, puis cuites. Ces feuilles-là proviennent d'un arbuste d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest (des gens ont ri à Douala quand ils m'ont vu, assise à la cuisine, l'index gainé dans un petit bout de tuyau d'arrosage, ciselant les kilos de feuilles amères).

Le ndolé, c'est aussi une arachide crue que l'on a moulue, et dont l'on fait une pâte semi-liquide. Oignons, ail, échalotes, sel, poivre, piment rouge. Et un assortiment d'épices locales aux parfums divers, pilées.
C'est une cuisson prolongée de l'ensemble, un geyser au fond de la marmite.

On le sert avec du poisson fumé, de la viande, des crevettes, du riz, des plantains.
Le ndolé est plus souvent raté que réussi : parce que l'arachide n'est pas fine à souhait, le ndolé trop amer, ou les feuilles mal ciselées. Parce que trop pâteux, ou trop aqueux.

J'ai raté bien des ndolés avant de réjouir la table.Il fallait probablement passer par là.

Quand je sers mon ndolé, je ne sais pas le savourer. Je doute.
Je suis encore trop à l'intérieur. Alors, nous allons chez Marcel*, l'ami, où l'on sert le meilleur des ndolés de Paris.

*Restaurant africain

Le Lion Indomptable

86, Rue de la Réunion

75020 PARIS


LE POST-IT D'ULYSSE : LOUIS XVI

22 avr. 2008



PETITE CHAMBRE VERTE

Le temps passe et ceux qui ont accompagné nos premiers pas meurent.
Et c'est nous, adultes qui vivons avec ces piliers terrassés.
Nous pensons à eux, nous leur parlons, nous les pleurons encore.
Nous voudrions bien les écouter enfin, et repassons en boucle ce que notre mémoire a gardé d'eux.
Nous imaginons ce qu'ils penseraient des situations contemporaines. Nous les incarnons dans d'improbables séquences personnelles : mémorisation d'une démarche, d'un regard, d'un sourire, d'une voix, du rire.
Jeu personnel en cas d'ennui : imaginer qu'il ou elle (le/la disparu/e) apparaît parmi nous soit au travail, soit ailleurs.
Petit scénario cruel, vrai leurre.Difficile d'accepter notre condition d'être vivant, nos trajectoires solitaires.
La disparition de l'un est indépendante de notre propre disparition, en tant qu'individu.
Même si nous périssons tous au final.









JAUNE LA SEINE
Ces jours, la Seine est lourde, jaune, opaque.
Sur le pont, des narcisses en jardinière composent autant de silhouettes florales penchées vers la masse liquide.
Au loin, vers Clichy, un train de banlieue fait un trait sur l'horizon.
Miss Glu glisse sur la route.
Au loin, vers Puteaux, la Défense fait des traits verticaux.
Les voitures roulent près des vélos. Elles trouvent toujours que les vélos prennent trop de place. Elles les hèlent et les invectivent. En fait, elles en ont peur, elles ont peur de l'accident. Elles préféreraient qu'ils n'existent pas les vélos. Quand les bouchons les agglutinent, les voitures envient les vélos, si souples, si légers, si rapides. Si malins.
Et si Miss Glu frôle de la main la tôle de l'une d'elles, c'est une réaction épidermique qui suit : Klaxon hystérique. Miss Glu revient vers la voiture, fait toc-toc à la vitre. Sourire . "C'est moi qui ai eu mal, votre carrosserie,elle n'a rien...".
Les trois S.
Silence. Sourire. Salut.
Ces jours, le ciel est lourd, gris, opaque.
Sur le pont, des renoncules en jardinière composent autant de silhouettes étirées vers la masse condensée.
Au loin, vers Clichy, un autre train de banlieue fait un trait sur l'horizon.
Miss Glu glisse sur la route.
Au loin, vers Puteaux, la Défense fait des traits verticaux.