19 mai 2008
18 mai 2008
DOUBLE VIE DE VERONIQUECe soir, nous avons revu La Double vie de Véronique.
Avec Irène Jacob, Philippe Volter.
Film de Kieslowski, primé à Cannes.
Musique essentielle de Preisner.
Années 90, tout début.
Cracovie, Clermont-Ferrand, Paris Saint-Lazare.
Deux filles, deux voix, deux pères, deux absences de mère.
Deux marionnettes.
La musique impressionnante, la beauté fraîche d'Irène Jacob, le visage fin et soucieux de Volter.
Les luminosités typiques, le jeu de la caméra.
Pas envie de faire des phrases
Pas envie.
16 mai 2008
15 mai 2008
Dans le Voyage du Condottière, André Suarès part d'un postulat : si l'on peut tomber fou amoureux d'un être, alors, on peut aimer aussi intensément une ville.
Le Condottière est donc en quête d'une ville, traverse l'Italie et finit par rencontrer Sienne la bien-aimée.
Il n'est pas question de Suarès ici, je sais bien.
Mais d'Henry Miller.
La vie nous fait croiser des êtres, et certaines rencontres sont marquantes.
Etres de chair, êtres d'encre et de papier.
C'est ainsi qu'Henry Miller a pris place dans ma vie.
Cela a commencé comment cette histoire ?
A vrai dire, je crois que des amis me l'ont présenté :
il y avait Cendrars et Durrell, et Anais Nin.
Trois amis de bon conseil.
J'ai été bluffée par la liberté du bonhomme, par l'écriture foisonnante.
Parfois j'en ai eu assez de lui, tant il allait loin.
Mais invariablement je reprenais le fil de ses narrations.
J'ai à cet instant sous les yeux Max et les phagocytes, paru aux Editions du chêne en 1947. C'est un ensemble de nouvelles (dont Via Dieppe-Newhaven, paru depuis en poche dans l'Oeil qui voyage).
Allez, un passage pris au hasard restitue la pensée de Miller (Fragments de la crucifixion en rose) :
"Aller de l'avant en se cramponnant au passé, c'est traîner avec soi les boulets du forçat. Le prisonnier n'est pas celui qui a commis un crime, mais celui qui se cramponne à son crime et ne cesse de le revivre. Il n'est pas un de nous qui ne soit coupable d'un crime : celui, énorme, de ne pas vivre pleinement la vie".
14 mai 2008
LES TRACES DU PASSE ESCLAVAGISTE
On commémorait le 10 mai dernier les 160 ans de l'abolition de l'esclavage.
J'avais distribué quelques flyers pour inciter des proches à participer à la marche des libertés.
Auprès de gens de partout, que les préjugés dérangent, et qui luttent contre eux-mêmes parfois pour les remettre en cause.
Parmi ceux-ci, une collègue martiniquaise fut informée de l'événement.
Il y a deux jours de cela, elle me croise, et m'explique qu'elle n'était pas venue manifester, alors que des amis à elle jouaient du tambour dans le cortège," pour fêter l'anniversaire de mai 68".
Je lui évoque tout l'intérêt de la marche des libertés, elle me remet cela :"Ah, oui, pour les 40 ans de mai 68, j'aurais pu y aller, mais j'étais fatiguée, il faisait chaud".
Faut-il qu'il y ait encore de la douleur au fond de chaque descendant d'esclave pour que la marche des libertés soit interprétée par certains comme une commémoration de mai 68.
13 mai 2008
12 mai 2008
11 mai 2008
Le 10 mai, on commémorait l'abolition de l'esclavage entre République et Bastille.
C'était l'occasion de parler de la place des Francais en France.
(Au comptoir de Marianne, une simple goutte de café dans votre lait, et votre consommation peut devenir un p'tit noir).
Les Français étaient donc dans la rue, scandant des messages appelant à l'égalité entre tous, à la fraternité, puisque la liberté était acquise depuis 160 ans, dans les textes.
Un peuple bigarré, des spectateurs se joignant au cortège.
Des bébés en poussette, des pépé (et mémée) en goguette.
Des amants aux fenêtres,
des chants antillais et des cauris entrechoqués contre des calebasses.
Place de la Bastille, onze anneaux humains autour du génie, symbolisaient des chaînes encore à rompre.
Rompez !
7 mai 2008
LES BORDS DE LA VONNE
Parfois la mémoire superpose au quotidien des images récurrentes.
Ce matin - est-ce grâce au soleil, à la douceur de ce mois de mai, à l'activité même qui occupe mes journées - un souvenir s'est imposé à moi, passant devant les yeux l'air de rien, et repassant encore, avec une insistance insolente.
J'ai pensé : "Ma mémoire crie, ma mémoire parle de ce coin de campagne".
Voyez les dernières habitations d'un village de l'Ouest. Une route étroite surplombe la vallée au fond de laquelle coule la Vonne.
Au bout de ce chemin, un petit sentier descend abruptement jusqu'à la rivière.
Des noisetiers apportent l'ombre, des souches ralentissent le pas.
Au bas, la terre tendre et brune est relayée par des pierres brutes irrégulières. Le temps du passage, le promeneur semble jouer à la marelle ici.
L'eau à l'oreille.
Un pont moussu, taché de lichen enjambe la rivière.
L'hiver, l'eau est jaunâtre, mousseuse, charriée avec force.
L'été, quand l'eau vient à manquer, les demoiselles en animent la surface.
Les verts sont plus ternes qu'en mai, le soleil est plus doré.
Passé le pont, une côte abrupte attend le promeneur saoul de lumière, repu de sensations.
Des poules en liberté montrent le chemin en toute anarchie, commentant de leurs gloussements leurs affolements intérieurs.
Des chênes et des châtaigniers bordent la route de ce paysage bocager.
Au loin, le bourg se profile :
"Un p'tit village,
un vieux clocher,
un paysage si bien caché,
et dans un nuage,
le cher visage de mon passé.
De mon passé".
(Charles Trenet)
6 mai 2008
A ceux qui me conseillent d'essayer la peinture à l'huile, je les remercie mais je balaie l'idée.
Sa noblesse, son train de sénateur au séchage, son prestige sont aux antipodes de mes intentions.
Le post-it est un dessin de rien, une esquisse tracée en attendant l'info au téléphone, une récréation entre deux gros dossiers.
C'est aussi un petit format imposé avec ses teintes flashy ou pastel.
Derrière, on doit se débrouiller avec, à coups de stabilos fluos, de stylo bleu ou noir, de criterium. Le post-it se marie bien avec le web, qui le magnifie.
5 mai 2008
Revoir Diva
J'ai récemment revu Diva, de Jean-Jacques Beineix.
L'histoire d'un facteur fou de lyrique, fan d'une diva, devenant la cible de tueurs impitoyables.
Ultra moderne à sa sortie, le film des années 80 a forcément pris un petit coup de vieux.
Qu'en reste-t-il ?
La débauche chromatique: trois couleurs rythment la narration. Le jaune, celui de la Poste et des panneaux urbains; le rouge, de la bécane volée et du sang, le bleu de l'eau et du ciel, libérateur. De plus le fluo a la part belle dans le film : les néons, le flipper, la déco.
L'esthétique rappelant l'univers de Loustal et d'Yvan Pommaux, les dessinateurs : des angles de vue originaux, des voitures des années 30 rutilantes, silencieuses, des crapules aux physiques complémentaires (Dominique Pinon/Gérard Darmon).
Le graphisme, nourri des années 50 met en scène de belles américaines, une pin-up peintes en trompe-l'oeil.
Le casting, intéressant, avec un rôle de héros tranquille idéal pour Richard Bohringer, dandy efficace, songeur dans un bain bleu.
Diva parle aussi d'amour et d'amitié. L'amour idolâtre d'un jeune homme ordinaire pour la musique lyrique et pour une diva. L'amour et la trahison sont par ailleurs liés.
L'amitié sauve finalement la situation.
Elle a la gouaille d'une jolie Chinoise faisant des huit sur rollers.
4 mai 2008

Une femme parée comme à Cotonou, d'un boubou froncé et vaste, coiffée d'un foulard assorti magnifiant son teint, l'ovale de son visage, le sombre attrait de sa pupille.
Plus loin, deux autres.
J'ai alors songé aux Alsaciennes, aux Bretonnes qui (ex-)portèrent leur costume régional autrefois.
Je me suis dit : il faut regarder ces femmes, il faut apprécier leur coquetterie; bientôt, il n'y aura plus de femmes ainsi vêtues, même le dimanche à midi, avant un repas de famille, même par un soleil chaud.
Les filles de ces femmes seront vêtues comme tout le monde : H et M, Zara, C et A.
Une silhouette en boubou à un arrêt de bus par un dimanche de printemps, c'est peut-être l'expression de la pauvreté et de l'immigration.
C'est aussi l'expression d'un monde qui change, d'une société qui assimile ses différences comme autant de richesses.
Et le boubou de l'abribus est l'une des plus jolies fleurs de Marianne.
UN ALLER-RETOUR POUR DES BEIGNETS-HARICOTS
Les murs des villes affichent une scène de petit-déjeuner insolite : une fillette poursuit sa nuit sur une tranche de pain de mie industriel. Tranche épaisse, moelleuse à souhait.
Les enfants sont il est vrai habitués en Europe à consommer des aliments mous : le pain de mie, le pain au lait, la brioche, le knacki, le hamburger, le kebab, le steak haché, le poisson pané, la purée en flocons, les bonbons gélifiés, les chewing-gums...
Les enfants ignorent presque l'arête, le nerf, la fibre.
Au Cameroun, des enfants se nourrissent encore dès le matin de beignets haricots.
Coup d'oeil dans la gamelle : les haricots rouges sont imprégnés d'une sauce à base de tomates, d'oignons, de piments (le chili sans carne si vous préférez).
Les beignets ne sont pas ces boules fourrées de confiture et saupoudrées de sucre glace, vendues un peu partout en France, notamment sur les plages.
Ce sont là des bouchées de pâte frite (levure de boulanger + eau tiède + sucre + farine) qui remplacent le pain.
Les commerçants chinois installés à Douala auraient industrialisé le marché, lequel a raréfié la présence des mamas makalas ou mamas beans, légendaires reines du petit déj' local. Ces Togolaises fournissaient à chaque coin de rue l'écolier comme le maître.
3 mai 2008
2 mai 2008
1 mai 2008
30 avr. 2008
Dernier jour d'avril : Le soleil flashe, le vent gifle la frondaison.
29 avr. 2008
Que voulez-vous que je montre de plus ?
Reflet dans une flaque fluorescente
A nu, je me cache.
28 avr. 2008
27 avr. 2008
J'ATTENDS UNE LETTRE
Une lettre qui déjà aurait dû tomber dans ma boîte.
Où est-elle passée ?
Cette lettre n'arrivera peut-être pas.
Etait-ce ?
Une lettre Ah
Une lettre Beh
Une lettre C'est
Une lettre Dès
Une lettre Euh
Une lettre Elfe
Une lettre Geai
Une lettre Hache
Une lettre Hie(r)
Une lettre Haine
Une lettre Oh
Une lettre Paix
Une lettre Qu'eut(-il dit)
Une lettre Est-ce
Une lettre Thé
Une lettre Vais
Une lettre Double v (ie de Véronique)
Une lettre Grecque
Une lettre Z'aides
26 avr. 2008
"En été il y avait là une petite échoppe aux stores de couleur vive où elle aimait venir manger des tranches de pastèque et des sorbets roses".
Lawrence Durrell
Justine
Le Quatuor d'Alexandrie
24 avr. 2008
23 avr. 2008
SUR LA LIGNE 4

SUMMERTIME
Les voisins de Miss Glu entendent souvent au-dessous des standards de la musique américaine : Otis Redding chante My girl ou I've been loving you too long ou Satisfaction... Ou Marianne Faithfull et David Bowie interprètent I've got you babe.
Eux n'écoutent pas de musique. Pas le temps.
Miss Glu s'accroche à un autre classique : Summertime.
"Bon Dieu" s'étonne le voisin, "ils écoutent toujours la même chose, ceux-là. S'ils continuent, je vais descendre !".
Cette chanson est un paradoxe, par ses niveaux de lecture. Summertime est une berceuse, nourrie de quiétude. C'est une chanson optimiste, d'un registre aussi rose que What a wonderful world (Armstrong).
Summertime décrit une vie heureuse dans les champs de coton, avec du poisson à gogo, des parents à l'aise. Mais elle parle implicitement de la population ouvrière noire.Il existe plus de 200 versions de Summertime (sans compter celle que miss Glu fredonne dans son bain !). Le duo Louis Arstrong/Ella Fitzgerald en donne une interprétation assez tendue. Miles Davis joue l'air assez nerveusement.
Morcheeba en présente une interprétation plus sourde. Billie Holliday offre une orchestration dansante, presque sautillante. Charlie Parker est le seul à jouer clarté, fluidité et rythmique optimiste. Avec Chet Baker, le jazz est libre, pleine digression. Janis Joplin, de son style déjanté, révèle parfaitement la dualité de la chanson : berceuse certes, mais aussi mise en scène idéalisée, pour croire en des jours meilleurs ?
Summertime
And the living is easy
Fish are jumpin'
And the cotton is high
Your mama's rich
And your daddy's good lookin'
So hush little baby
Don't cry
One of these mornin's
You're gonna rise up singin'
You're gonna spread your wings
And fly to the sky
But 'til that moment
Nothin' can harm you
With your daddy and mummy
Standin' by
One of these mornin's
You're gonna rise up singin'
You're gonna spread your wings
And fly to the sky
But until then
Nothin' can harm you
With your daddy and mummy
Standin' by
With your mum and your dad
Standin' by
George Gershwin
Des bananes plantains ont été épluchées, coupées en longues lamelles épaisses sautées dans l'huile crépitante (plutôt olive que palme). Certaines, les plus mûres, ont caramélisé.
PLAIDOYER POUR UN TEMPS DE CHIEN
"Ah !" se dit Miss Glu, "les jours de pluie sont des jours si fréquents ici".
En semaine, si l'on travaille, on se dit, "Zut, aller affronter la pluie, quelle guigne !"
Le week-end, on se plaint : "Pouah ! Quel temps affreux, y fait même pas beau."
Soyons un moment honnête : ce temps de chien nous sied à merveille.
Surtout un lundi de Pâques.
Ce temps est idéal pour rester à l'intérieur, se prélasser ou s'occuper en regardant cette pluie frapper au carreau.
On pense à ceux qui, sortis, ont les pieds juteux,à ceux qui voient encore leur pépin se retourner sous l'effet d'une bourrasque.
On reçoit ses amis (Cléopatra est passée, la prunelle de jais brillante).
On les réchauffe.
Araldite a téléphoné.
Miss Glu est tout sucre tout miel.
Demain, boulot !
Fluide, elle glissera entre les automobiles collées les unes aux autres, sur son vélo, filera, esquivant les ralentissements.
Essoufflée, attendra au feu rouge, la respiration accélérée.
Le coeur cognera fort.
Elle n'ouvrira pas. Et repartira.
Pour l'heure, les voisins passent l'aspirateur, anticipant quelque poussière d'ennui.
Idée de Miss-Glu : elle offrira une boîte de poudre à éternuer à Monsieur-son-voisin-du-dessus bientôt.
Sourire malin...
PLAIDOYER POUR LES QUESTIONS SANS REPONSE
"Ce sont toujours les mêmes questions qui passent par la tête de Tereza depuis l'enfance. Car les questions vraiment graves ne sont que celles que peut formuler un enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse. Une question à laquelle il n'est pas de réponse est une barrière au-delà de laquelle il n'y a plus de chemins.Autrement dit : ce sont précisément les questions auxquelles il n'est pas de réponse qui marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de notre existence".
Milan Kundera
L'insoutenable légèreté de l'être

PLAIDOYER POUR LE VULGAIRE
Cachée derrière ses dicos, Miss Glu ramasse quelques miettes de savoir. Elle a décidé de défendre la vulgarité !
"Longtemps, le vulgaire a désigné ce qui était banal, commun. Sans distinction.Vers 1800, le vulgaire a été assimilé au grossier, voire au bas".
Aujourd'hui, le vulgaire, c'est une façon de se comporter, de se présenter.Pour Miss Glu, le vulgaire, c'est aussi la condamnation même de la vulgarité.
Exemple, Chantal Thomass, interviewée par Yves Calvi : à la question, "Pourquoi vos jeunes mannequins n'ont-elles pas de poitrine?", la styliste se défend, puis admet, et conclut par cette phrase : "Présenter mes modèles sur des filles qui auraient des gros seins , ce serait too much, ce serait vulgaire".
Ahh ! Se dit Miss Glu, nous y voilà ! Pensée immédiate pour toutes les femmes qui écoutaient l'émission, et qui, maintenant le regard arrimé à l
eur décolleté, découvrent qu'elles sont vulgaires.
"Ben moi aussi je suis vulgaire alors !"...Miss Glu pense à toutes ses copines vulgaires, il y en a tant, elle ne l'aurait pas cru ! La concierge dans sa blouse bleue, avec son brave sourire : vulgaire. Mme C, professeur de français, douce avec ses lunettes cerclées d'or : vulgaire. Sonia, Dany, Pascale, Amélie, Jeannette,... Vulgaires. Toutes.
Ah, si ! Le temps d'une grossesse, certaines sont ponctuellement vulgaires.
Et comme elles sont fières de l'être ! Elles sont toutes heureuses de ce changement, et nous les trouvons superbes.
Miss Glu remarque : "Elles appellent ça être féminines et regrettent des mois, voire des années plus tard ce décolleté si joli."
On ne choisit pas, on accepte ce que l'on est : parfois spontanément, parfois cela met plus de temps.
Miss Glu rajuste son cache-coeur, pense à son corps d'enfant, et à ce que l'enfant projetait sur ce corps.
Elle pense à son corps de femme et imagine ce que sera son corps de vieille dame. Ce ne sera pas un corps de vieille enfant.
Elle en sourit.
Alors, Chantal Thomass : quand une femme achète une parure dans votre boutique, le tiroir-caisse n'a-t-il pas un tintement...un peu vulgaire ?
Château-Rouge. Descente de la rue Myrha. Chez les petits coiffeurs s’échappe la rumba congolaise. Surf décontracté de la tondeuse sur un crâne. Les gens attendent leur tour, assis en ligne, un peu comme dans une laverie automatique. Parfois, les cheveux à moitié tressés, une femme se lève et danse sur un air de soukouss. Discussions, rires forts, disputes, rigolades, mélanges de sonorités : gwé, mbué. Yenihé, nissamba avant que ne jaillissent des mots français : toi-même, Madame !
Rue Roulet, les voitures garées semblent sorties d’un stock-car. Au volant de l’une d’elles, au pare-chocs défoncé, un jeune homme attend, un minuscule nourrisson dans les bras.
Les vitrines des épiceries ne laissent pas passer un centimètre carré de lumière. Ce sont de constants placards ménagers, bourrés de bouteilles cabossées d’huile de palme, de produits capillaires miracle et de boîtes de pâte d’arachide, de sauce tomate et de Kub Maggi. La porte entrouverte d’une échoppe éclaire l’atelier du couturier. Front bleuté. Les sourcils froncés, les lèvres serrées retiennent quelques aiguilles, le regard demeure concentré sur l’ouvrage. Des bébés jouent au sol avec des chutes de wax.
Non loin, sur le boulevard Magenta, les bazars préparent le retour au pays : spatules, écumoires, réveils, savons parfumés, bigoudis, valises géantes, cadenas, lampes torches, sacs à provisions, paysages idylliques de Bohème. Devant la station de métro, des CRS en faction, marine et raides. La police sillonne le boulevard, jouant tantôt la discrétion, tantôt du klaxon, du coup de freins et du slalom. C’est pour le passant encore bleu le générique d’un Starsky & Hutch. Les Huggy les bons tuyaux sont probablement aux Becs salés, ou attablés non loin de l’angle des rues de Panama et des Poissonniers, des jumeaux sur les genoux.



































