26 juin 2008

TU VIENS ENCORE MANGER MES POINTES ?

C'était un atelier au fond du garage, éclairé par deux fenêtres aux carreaux dépolis. Nos pieds trouvaient leur chemin dans la sciure fraîche. Des copeaux de bois recouvraient encore l'établi, invariablement. Ciseaux alignés, vernis caramélisés, boîtes de pointes, Papier de verre de grains divers, pots de colle blanche, marteaux de toutes formes, tout était à portée de nos menottes. Les scies sauteuses, circulaires et autres petites machines tournaient en notre présence. Les chutes de bois étaient à nous. Y enfoncer la pointe sans se taper sur les doigts, sans tordre le clou, notre défi.
Quand il sculptait le bois sur son tour, nous regardions, collés contre son paletot bleu, la forme apparaître. L'air était épaissi par la poudre de bois. Si un rayon de soleil venait à oranger un mur, nous étions pleinement heureux.