7 mai 2008

LES BORDS DE LA VONNE

Parfois la mémoire superpose au quotidien des images récurrentes.

Ce matin - est-ce grâce au soleil, à la douceur de ce mois de mai, à l'activité même qui occupe mes journées - un souvenir s'est imposé à moi, passant devant les yeux l'air de rien, et repassant encore, avec une insistance insolente.

J'ai pensé : "Ma mémoire crie, ma mémoire parle de ce coin de campagne".

Voyez les dernières habitations d'un village de l'Ouest. Une route étroite surplombe la vallée au fond de laquelle coule la Vonne.

Au bout de ce chemin, un petit sentier descend abruptement jusqu'à la rivière.
Des noisetiers apportent l'ombre, des souches ralentissent le pas.
Au bas, la terre tendre et brune est relayée par des pierres brutes irrégulières. Le temps du passage, le promeneur semble jouer à la marelle ici.

L'eau à l'oreille.

Un pont moussu, taché de lichen enjambe la rivière.
L'hiver, l'eau est jaunâtre, mousseuse, charriée avec force.
L'été, quand l'eau vient à manquer, les demoiselles en animent la surface.

Les verts sont plus ternes qu'en mai, le soleil est plus doré.
Passé le pont, une côte abrupte attend le promeneur saoul de lumière, repu de sensations.

Des poules en liberté montrent le chemin en toute anarchie, commentant de leurs gloussements leurs affolements intérieurs.

Des chênes et des châtaigniers bordent la route de ce paysage bocager.
Au loin, le bourg se profile :
"Un p'tit village,
un vieux clocher,
un paysage si bien caché,
et dans un nuage,
le cher visage de mon passé.
De mon passé".
(Charles Trenet)