21 avr. 2008



SMOKE... IN YOUR EYES

"Smoke? c'est plusieurs choses à la fois. C'est une allusion au débit de tabac, bien sûr, mais aussi à la propriété qu'a la fumée d'obscurcir les choses et de les rendre illisibles. La fumée n'est jamais fixe, elle change sans cesse de forme. De même que les personnages du film changent quand leurs vies se croisent. Signaux de fumée... Ecrans de fumée...fumée flottant au vent. De façon minime ou importante, chaque personnage est sans cesse modifié par les personnages qui l'entourent."Paul Auster,Entretien avec Annette Insdorf22/11/1994

Smoke est l'un de mes films préférés : pour le désordre réaliste de la boutique et de la vie d'Auggie Wren, à la façon dont les êtres se croisent, s'attachent les uns aux autres. A la façon dont la situation de chacun évolue.

Tout tourne autour d'Auggie, marchand de cigares à Brooklyn, la cinquantaine débraillée, la bonté à fleur de peau, largué par sa femme depuis des lustres.Les personnages qui gravitent autour ont tous perdu quelque chose : Paul, l'écrivain, est veuf ; Rachid, le jeune homme noir, recherche son père ; L'ex d'Auggie est devenue borgne; il manque un bras à Cyrus, le père de Rachid.

Dans l'épisode du Noël d'Auggie Wren, un voleur à la tire perd son portefeuille dans la boutique. Ce portefeuille mène Auggie chez l'aïeule du voyou. Elle a perdu la vue et a perdu de vue son petit-fils. La vieille dame feint de le retrouver lors de la visite impromptue d'Auggie, qui accepte ce leurre en l'incarnant.

Nul n'est dupe. Sur une musique de Tom Waits, Smoke dépeint ce qui part en fumée, ce que l'on a perdu. Et la manière dont on reconstruit.

Optimiste, non ?