CHATEAU ROUGE
Quand l’ailleurs me manque, et que de toute façon, je ne partirai pas, je fuis Saint Lazare, remonte Place Clichy, grimpe la côte surplombant le cimetière Montmartre. J’oblique ensuite sur le quartier faussement populaire de la rue Lepic, contourne les contreforts du Sacré-Cœur et débouche sur les hauts de Barbès.
Château-Rouge. Descente de la rue Myrha. Chez les petits coiffeurs s’échappe la rumba congolaise. Surf décontracté de la tondeuse sur un crâne. Les gens attendent leur tour, assis en ligne, un peu comme dans une laverie automatique. Parfois, les cheveux à moitié tressés, une femme se lève et danse sur un air de soukouss. Discussions, rires forts, disputes, rigolades, mélanges de sonorités : gwé, mbué. Yenihé, nissamba avant que ne jaillissent des mots français : toi-même, Madame !
Rue Roulet, les voitures garées semblent sorties d’un stock-car. Au volant de l’une d’elles, au pare-chocs défoncé, un jeune homme attend, un minuscule nourrisson dans les bras.
Château-Rouge. Descente de la rue Myrha. Chez les petits coiffeurs s’échappe la rumba congolaise. Surf décontracté de la tondeuse sur un crâne. Les gens attendent leur tour, assis en ligne, un peu comme dans une laverie automatique. Parfois, les cheveux à moitié tressés, une femme se lève et danse sur un air de soukouss. Discussions, rires forts, disputes, rigolades, mélanges de sonorités : gwé, mbué. Yenihé, nissamba avant que ne jaillissent des mots français : toi-même, Madame !
Rue Roulet, les voitures garées semblent sorties d’un stock-car. Au volant de l’une d’elles, au pare-chocs défoncé, un jeune homme attend, un minuscule nourrisson dans les bras.
Les vitrines des épiceries ne laissent pas passer un centimètre carré de lumière. Ce sont de constants placards ménagers, bourrés de bouteilles cabossées d’huile de palme, de produits capillaires miracle et de boîtes de pâte d’arachide, de sauce tomate et de Kub Maggi. La porte entrouverte d’une échoppe éclaire l’atelier du couturier. Front bleuté. Les sourcils froncés, les lèvres serrées retiennent quelques aiguilles, le regard demeure concentré sur l’ouvrage. Des bébés jouent au sol avec des chutes de wax.
Non loin, sur le boulevard Magenta, les bazars préparent le retour au pays : spatules, écumoires, réveils, savons parfumés, bigoudis, valises géantes, cadenas, lampes torches, sacs à provisions, paysages idylliques de Bohème. Devant la station de métro, des CRS en faction, marine et raides. La police sillonne le boulevard, jouant tantôt la discrétion, tantôt du klaxon, du coup de freins et du slalom. C’est pour le passant encore bleu le générique d’un Starsky & Hutch. Les Huggy les bons tuyaux sont probablement aux Becs salés, ou attablés non loin de l’angle des rues de Panama et des Poissonniers, des jumeaux sur les genoux.
Des capotes angolaises suivent dans le caniveau en crue les épluchures d’un avocat véreux. L’amour du risque a le rond visage des adolescentes fardées : dix euros la passe au fond d’un café.
Le marché. Là, je prends, selon la saison, des litchies ou des mirabelles à un maraîcher très enjoué. Puis les froufrous des boubous me charrient au pied des étals de plantains, manioc, macabos, citrons verts, paniers d’herbes. J’en repars, chargée; et je m’enfonce dans le métro graisseux, grignotant un épi de maïs, suçant une mangue ou heurtant ma bouche à l’âpreté d’une noix de cola.

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