BIBLIOTHEQUE VIVANTE
Miss Glu, le soir, remarque :"Elle est là derrière moi. Comme elle m'est nécessaire !".
Haute et baraquée, pleine à craquer. Elle a des rejets de part et d'autre, sous forme de piles instables. Ses pousses s'élancent comme de jeunes tiges dans différents endroits de la maison, essaimant jusqu'au travail, où quelques graines de savoir se cachent entre des usuels plus didactiques.
Qui est haute et baraquée ? la bibliothèque.
Oui, chez Miss Glu, les livres poussent de partout comme la mauvaise herbe. Ils siègent dans les bibus, sur les bureaux, commodes, chiffonniers, on en trouve sous les canapés, dans les armoires, non loin de la panière à fruits, partout.
Dans la bibliothèque, ils ne sont pas du genre à être au garde-à-vous, reliés de cuir et lustrés, dorés, statiques.Non, ils se baladent, penchent à gauche, ou à droite, jaunissent lentement au soleil du matin, deviennent duveteux de poussière, le tout part en douceur.
Cette apparente pagaille leur donne vie.
Mais comment naît une bibliothèque ? De la curiosité. De la soif d'ouvrir le livre, d'aller ailleurs.
Comment grandit une bibliothèque ? Petit à petit.
Dommage, les premiers livres de l'enfance sont rarement gardés jusqu'à l'âge adulte. Ainsi ai-je la nostalgie d'un album offert par mes grands-parents paternels : un livre fabuleux peuplé d'elfes nichés dans des lys aux corolles safranées. Ce livre a disparu de ma vie avant mes dix ans.Quelle en a été la raison, je l'ignore. Combien d'enfants bazardent sur les brocantes leurs premiers livres ! Empêchez les mômes de laisser partir leurs livres. Ils courront derrière tout le restant de leur vie !
La bibliothèque rassemble les livres que l'on nous offre, et que l'on va aimer pour le geste ou le contenu, ou les deux. Des livres que l'on a étudiés en classe, des livres que l'on a achetés, des livres que l'on nous avait prêtés, et que l'on cache entre deux volumes, un peu coupables.Ainsi se constitue lentement nos fonds.
Ici, Prévert et Queneau sont les voisins de Vian et de Perret, qui lui-même a retrouvé Brel et Brassens.
Plus haut, Kundera parle d'insoutenable légèreté de l'être. Cela tombe bien, Anaïs Nin serre contre son coeur ses journaux, tandis qu'Henry Miller, le magnifique, tente une plongée dans la vie nocturne. Auster tape à sa machine à écrire, tandis que Tournier montre ses clés et serrures.
Henry Miller revient avec son colosse de Maroussi, jubilatoire, hédoniste, et Lawrence Durrell, une étagère plus haut entretient leur correspondance, tout en éblouissant Miss Glu avec le quatuor d'Alexandrie.
Un bonhomme sourit : il a un borsalino, une cigarette au bec et son regard est plus vif que l'argent : Cendrars, le poète, nous emmène au bout du monde. Plus bas, Duras s'étale comme une chatte sur un édredon : des livres et des livres, un amant de la Chine du Nord et Ecrire, toujours écrire.
Non loin, Mongo Beti raconte les vicissitudes d'un pays colonisé, du pauvre christ de Bomba, tandis que Gaston Kelman lance un clin d'oeil amical. Gaston-Paul Effa chante sa mère, Alain Mabanckou a la plume pleine de verre cassé. Frantz Fanon parle d'identité noire. Calixte Beyala se fait les ongles. Manu Dibango a lâché le saxo et raconte sa vie. Pennac, au bonheur des ogres, rigole tout bas.
Les affinités se font toutes seules dans la bibliothèque.
Tout est boucle.
Les blibliothèques révèlent l'intériorité de leurs lecteurs.

1 commentaires:
Comme je suis d'accord avec cela! Ma bibliothèque semble reconnaître dans la votre une amie et la salue bien humblement :)
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